Sept tactiques de Philippe Meirieu par SOS éducation

Publié le par Alain Genestine

Philippe Meirieu, professeur en sciences de l'éducation à l'université Lumière-Lyon 2, fut le principal inspirateur de la révolution pédagogique à l'Education nationale dans les années 70 à 90. A ce titre, nous considérons, à SOS Education, qu'il porte une lourde responsabilité dans le désastre éducatif que vivent nos enfants, et dont le récent rapport du Haut Conseil de l'éducation vient de rappeler la gravité (40 % d'entre eux sont en grande difficulté scolaire à la fin du primaire).


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Et pourtant, Philippe Meirieu reste à l'heure actuelle omniprésent dans le débat sur l'école. Auteur de  nombreux livres sur la pédagogie, il conserve une forte influence dans le milieu des enseignants, en particulier dans les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, ayant lui-même dirigé l'IUFM de Lyon pendant quinze ans.

SOS Education souhaite donc attirer l'attention des lecteurs de Philippe Meirieu, et surtout ses auditeurs et téléspectateurs, qui sont beaucoup plus nombreux, sur sept tactiques rhétoriques particulièrement déloyales qu'il utilise couramment pour dominer ses adversaires dans les débats.

Ces techniques, bien que très connues, sont intellectuellement et moralement contestables. Si toutefois le lecteur souhaitait approfondir le sujet, il pourra se reporter au fameux opuscule d'Arthur Schopenhauer, « L'art d'avoir toujours raison ».

1) Définir lui-même les termes du débat

Au lieu de présenter son point de vue, sa pédagogie et ses résultats, et de laisser son interlocuteur faire de même, Philippe Meirieu commence toujours par définir lui-même la position de son adversaire, pour la dénaturer subtilement. Ainsi peut-il commencer le débat en position de force.

2) Ne parler que de son projet futur pour l'école, jamais de ses réalisations passées

Philippe Meirieu n'aborde jamais le sujet, certes délicat, des résultats de ses projets éducatifs passés. Il prend soin de toujours placer le débat sur son projet pour l'école de demain. Ses intentions sont en effet tellement belles, que personne ne peut le contredire sans paraître pessimiste et grincheux :

 « Ainsi chaque élève, à la fin du collège, devrait-il présenter un ensemble de projets dans différents domaines, avec, pour chacun d'eux, un niveau d'exigence vérifié par les professeurs lors de l'examen final : un texte de fiction correctement écrit, construit, mis en page et illustré... un dossier présentant une controverse  sur un enjeu de société, traité rigoureusement, avec des contenus précis et une argumentation cohérente... une construction technologique utilisant les sciences expérimentales et mettant en oeuvre des outils mathématiques... une recherche documentaire sur une question historique... une création artistique... une activité physique et sportive permettant d'attester de compétences maîtrisées... et, bien sûr, l'obligation que l'un de ces projets au moins soit présenté dans une langue étrangère. » (Ph. Meirieu, « Ecole : demandez le programme », ESF, 2006, p. 65).

Bien entendu, il ne décrit jamais la pédagogie qui a prouvé qu'elle permettait d'atteindre ces louables objectifs avec tous les élèves.

3) Prétendre qu'il n'est pas écouté

Philippe Meirieu exerce une immense influence depuis quarante ans sur le système éducatif, influence qu'il détaille très précisément dans son livre « La machine-école » (Gallimard, 2001).

Mais il laisse toujours entendre dans les débats que les pédagogues comme lui ne sont pas écoutés, que la révolution pédagogique qu'ils préconisent n'a pas encore eu lieu, que ses détracteurs dominent les médias. Ceci évidemment pour ne pas avoir à assumer sa part de responsabilité du désastre éducatif auquel il a activement contribué et que chacun peut constater aujourd'hui.

4) Affirmer une chose puis son contraire pour donner l'illusion d'une pensée sophistiquée

C'est ce qu'il fait en permanence, ce qui lui permet de répondre à toutes les objections, de quelque direction qu'elle viennent.

Ainsi par exemple, pour «  reconstruire l'autorité », il faut, selon Philippe Meirieu, « reconstruire à la fois l'autorité et le droit de la contester » (!) :

«  Il importe évidemment de travailler, en éducation, sur la place que pourrait (re) prendre une autorité à la fois légitime et contestable. Car, pour une société démocratique ou qui voudrait le devenir, seules les autorités contestables sont légitimes... Le défi de l'éducation contemporaine n'est donc pas de  « restaurer l'autorité », mais d'aider les jeunes à retrouver le goût de contester celles auxquelles ils s'assujettissent aveuglément pour qu'ils puissent, à terme, s'associer en un collectif qui donne des règles et assumer la nécessité de l'existence d'une autorité légitime. » (Ph. Meirieu, "Pédagogie : le devoir de résister", p.72).

5) S'exprimer de manière à ne pas être compris

C'est bien sûr la tactique la plus connue des pédagogues modernes, mainte et mainte fois dénoncée. Les pédagogistes ont non seulement un vocabulaire, mais surtout une syntaxe qui leur permettent de parler des heures sans que leurs auditeurs soient jamais sûrs d'avoir compris le message. Impossible, après avoir lu un livre de Philippe Meirieu, d'en extraire quelques idées fortes, en dehors de la nécessité sans cesse réaffirmée de mettre au rebut les méthodes traditionnelles, et « d'inventer une école radicalement nouvelle ».

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6 ) Revendiquer d'avoir seul le souci des élèves les plus difficiles

Philippe Meirieu peut discréditer n'importe quel professeur, même le plus accompli, en lui reprochant de n'avoir éduqué que des élèves qui étaient déjà a priori « éducables », et de n'avoir pas su éduquer les élèves rétifs à tout apprentissage.

Nous ne reviendrons pas sur le fait qu'il aurait mauvaise grâce à prétendre qu'il ait obtenu, lui, de meilleurs résultats.

Les défenseurs des méthodes d'enseignement traditionnelles ne prétendent pas pouvoir éduquer n'importe quel élève. Selon le célèbre mathématicien Laurent Lafforgue, « même une école qui fait son devoir et donne les meilleures nourritures du monde encourt le risque que certains enfants la rejettent. La raison en est toute simple : les enfants sont des personnes, vouées à la liberté. Le souci affiché de proposer une nourriture qui ne pourrait être rejetée par personne cache une volonté totalitaire, celle de confisquer totalement la liberté des enfants, futurs adultes. »


7) Prétendre être l'héritier d'une longue et respectable tradition éducative

Philippe Meirieu prétend poursuivre la tradition pédagogique de nombreux éducateurs et hommes de lettres célèbres à travers les siècles. Ainsi dans « Pédagogie, le devoir de résister », il cite pas moins de trente-neuf personnages qui, selon lui, auraient préfiguré sa propre pensée.

En réalité, un examen attentif de cette liste fait voler en éclat cette prétention abusive.

La plupart de ces prétendus grands hommes ont vécu récemment, faisaient partie de l'entourage direct de Philippe Meirieu, et n'ont, pas plus que lui, de réussite éducative concrète à leur actif. Beaucoup sont de sinistres idéologues. C'est le cas de Paul Robin,http://www.historia.uff.br/nec/gehafotosdeanarquistas/Paul%20Robin.gif anarchiste qui provoqua de nombreux scandales en tant qu'inspecteur de l'enseignement primaire sous Ferdinand Buisson, prêchait des théories eugéniste, et développa la thèse du « suicide rationnel », thèse qu'il mit d'ailleurs en application en mettant fin à ses jours en 1912. C'est aussi le cas d'Anton Makarenko, le père des premiers camps de rééducation en Union Soviétique destinés à construire « l'homme nouveau » après la révolution bolchevique, et c'est le cas de Sébastien Faure et de Francisco Ferrer.

Dès qu'on remonte dans le temps, on s'aperçoit que Philippe Meirieu cite des grands hommes qui auraient plus que probablement été horrifiés s'ils avaient su qu'ils seraient un jour récupérés pour servir d'alibi à ses errances pédagogiques : ainsi Ibn Khaldun, Comenius, Jean Bosco, Léon Tolstoï et Maria Montessori, tous cités dans sa liste des « pédagogues d'hier qui résistaient » prétendument comme lui.

Réciproquement, il peut chercher à associer dans l'esprit de ses lecteurs les défenseurs de l'école traditionnelle à des descendants de personnages historiques qui se sont rendus antipathiques ou criminels pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'éducation, en citant leurs propos sur l'école.

Cette tactique d'amalgame se retrouve dans les discours de tous les grands démagogues.

Dans sa préface à « Ecole : droit de réponse » de Sylvain Grandserre (Hachette, 2007), Philippe Meirieu commence par la citation suivante : « Ayons des professeurs qui ne songent qu'à professer, et moquons-nous de la pédagogie ! »

Après avoir donné la liste de tous les défenseurs des méthodes traditionnelles susceptibles d'avoir pu prononcer cette phrase, il lève soudain le voile : l'auteur en est Ferdinand Brunetière, L'image “http://www.academie-francaise.fr/images/immortels/portraits/brunetiere.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.« antidreyfusard notoire [qui] milita rageusement contre les « chaires de pédagogie » qu'il accusa de tous les maux et, en particulier, de « pervertir les professeurs par des cours d'éducation générale » quand il suffisait, selon lui, pour en faire des professionnels accomplis de leur donner « le sentiment de la dignité de leur profession » par la maîtrise des savoirs académiques. »

La connaissance de ces tactiques est nécessaire. Elle ne suffit cependant pas à permettre un débat honnête avec Philippe Meirieu et ses semblables, qui ne souhaitent absolument pas aborder les vrais problèmes de nos enfants, et les terribles défis qui se poseront à leur génération, du fait de leur éducation massacrée. La meilleure chose qui pourrait arriver à nos enfants est que ces pédagogues idéologues tombent enfin dans les oubliettes de l'histoire.

 
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