Je vous invite près de chez moi, là ou la liberté existe, là ou l'Etat est absent. Actuellement une des régions des plus prisées.

Publié le par Alain Genestine



A la pointe du Cap Ferret, les habitants chics des "44 hectares" tentent de préserver la singularité de leur périmètre sauvage, situé face à la dune du Pyla, dont l'Etat s'était désengagé il y a bientôt un siècle devant l'ampleur des investissements.

Vue aérienne de la pointe du Cap Ferret, ...

Benoît Bartherotte, sexagénaire énergique qui défend bec et ongles depuis vingt ans l'authenticité des 44 ha, résume la situation du cercle très fermé des quelque 400 propriétaires: "Au début, nous étions une colonie proche de la nature. Aujourd'hui, nous voilà colonisés par des Barbares férus de 4X4".

"Nous sommes rattrapés par un mode de vie qui n'est pas le nôtre", déplore ce Bordelais d'origine à l'allure de corsaire, en recevant ses hôtes pieds nus sur son vaste terrain de cinq hectares face à l'Océan, acquis en 1924 par son grand-père amateur de voile.

C'est en 1908 que l'Etat, qui voulait se débarrasser de ce territoire menacé par l'érosion et l'ensablement, a cédé aux enchères ces 44 hectares à des propriétaires privés.

Ce coin de paradis a d'abord attiré les ostréiculteurs du bassin d'Arcachon, puis de grandes familles de la région et une élite cosmopolite, issue de l'ancien Empire français, séduite par la nature rebelle et la végétation de pins, chardons et yuccas.

Jusqu'en 1930, aucune route ne reliait la pointe du Cap Ferret au reste de la presqu'île et c'est par bateau qu'arrivaient les familles.

Aux portes du périmètre des 44 ha, clairement délimité par des panneaux en bois comme s'il s'agissait d'une réserve, la route goudronnée laisse place à des chemins de terre truffés d'ornières, à peine carrossables. Pas question non plus de tout-à-l'égout.

"Pour empêcher les voitures d'accéder au bord du littoral, les propriétaires ont même rajouté des blocs de pierre sur les chemins. Ils auraient dû s'ériger en commune indépendante!", assène Luc Dupuyoo, auteur d'ouvrages historiques sur la région, qui compare les "44" à une sorte d'"Etat dans l'Etat".

Pour le maire UMP de Lège-Cap Ferret, Michel Sammarcelli, les 44 ha "font bien partie de la commune même si sur le plan juridique, les voies sont en déshérence, c'est-à-dire qu'elles n'appartiennent ni aux propriétaires ni à la Ville. Mais si on devait mettre un seul gramme de goudron sur les chemins menant au littoral, tout le charme disparaîtrait", reconnaît-il.

"Les premiers habitants ont vécu pendant des années en parfaite autarcie, comme dans une forteresse. Cette mentalité est restée bien ancrée, et les visiteurs extérieurs demeurent toujours indésirables", témoigne Luc Dupuyoo.

Des règles d'urbanisme "très strictes" ont été élaborées en concertation avec l'association de défense des 44 ha, présidée par le frère de Benoît Bartherotte, précise le maire.

Selon le cahier des charges des 44 ha, il appartient aux propriétaires de lutter eux-mêmes contre l'érosion du littoral. La construction de piscines est interdite et il est impossible de construire de nouvelles villas.

Les transactions immobilières se négocient donc à prix d'or. "Aux 44 ha, c'est le coup de coeur, il n'y a pas de prix de marché", indique pudiquement le maire. Pour M. Bartherotte, "le prix n'a pas d'importance car l'important, c'est d'être là".

Publié dans Tourisme et Loisirs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article