Faut-il débrider le libéralisme ou le réguler?

Publié le par Alain Genestine

Nicolas Baverez nous exprime ses sentiments

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Le libéralisme a trois dimensions: politique, depuis Montesquieu et la séparation des pouvoirs; économique, à partir des utilitaristes anglais; et morale, qui est à chercher dans le refus du fatalisme et du déterminisme, le combat pour la liberté politique et individuelle. La France est l'un des pays qui ont inventé le libéralisme. La gauche même a une tradition libérale du fait de l'ambiguïté du socialisme, doctrine d'organisation collective mais aussi d'émancipation. C'est le marxisme qui a déporté le socialisme du côté de l'antilibéralisme. La priorité de la gauche française devrait être de se réconcilier avec le libéralisme.


Il n'y a pas d'autorégulation du marché et il faut des contre-pouvoirs.
Pourquoi la Chine ou l'Inde représentaient-elles autour de 25% du PIB mondial en 1700 et sont-elles tombées à 2 ou 3% dans les années 1970? Parce que ces économies se sont fermées, coupées de l'extérieur. Aujourd'hui, la Chine, sans rompre avec le communisme sur le plan politique, comme l'Inde ont abandonné l'économie dirigée et le protectionnisme: c'est ce qui explique leur extraordinaire développement. Le Brésil aussi s'est ouvert, et cela lui vaut 4,5% de croissance et une diminution de la pauvreté…

En Europe, il faut aussi s'adapter à la mondialisation. Les protections ne permettent pas d'avoir plus de croissance et d'emploi. La France a connu, dans les années 1960, un rythme de croissance qui a frôlé les 6% par an, avec une situation de plein-emploi qui a été tirée par l'ouverture rapide des frontières à l'intérieur de l'Europe. Quand de Gaulle est arrivé au pouvoir, tout le monde était persuadé qu'il arrêterait le Marché commun. Le calendrier a été accéléré. Il faut désormais ouvrir aussi les frontières de l'Europe sur l'extérieur.

Le taux de croissance de l'Europe est de 1,5% par an, alors que la croissance mondiale est de 4,5%. Mais il y a deux Europe: celle qui marche, qui fait des réformes, et celle qui ne marche pas, qui refuse le changement - hier, avant l'Agenda 2010, l'Allemagne, mais surtout la France et l'Italie.


La Suède, en dix ans, a baissé de 10 points de PIB ses dépenses publiques.  Ce qui gangrène notre pays, en effet, c'est un taux de chômage de 10% depuis un quart de siècle. L'Etat est aujourd'hui l'un des freins principaux à la croissance. Je rappelle que la dette est passée de 20% du PIB en 1980 à 67% aujourd'hui et que le nombre de fonctionnaires a augmenté de 650 000 dans les dix dernières années.  C'est dans le programme du PS qu'on veut mettre les petites entreprises aux 35 heures! On a euthanasié le travail en France. Les Français attendent 32 ans pour occuper un emploi permanent, ils arrêtent à 54 ans, ils travaillent 1 440 heures par an, pour 1 750 en Europe et 1 850 aux Etats-Unis. Et l'innovation a été bannie avec la constitutionnalisation du principe de précaution…


La seule institution taillée pour réguler au niveau mondial, c'est l'Organisation mondiale du commerce, mais il est très difficile de mettre d'accord 149 Etats. Au niveau européen, il n'y a pas de véritable coordination des politiques économiques ni de stratégie concrète de développement de l'économie de la connaissance. Et aussi sur le fait que la politique monétaire conduite est à la fois déflationniste et malthusienne.

Qu'on s'occupe de croissance et d'emploi et pas seulement d'inflation. C'est le bon sens même! En revanche, je crois que pour remettre de la croissance en Europe il faut accélérer la constitution du grand marché et favoriser l'émergence d'un capitalisme européen.  Il faut reconvertir des crédits, notamment consacrés à la politique agricole, pour les orienter vers la recherche, l'innovation, l'économie de la connaissance.  La France est schizophrène. On ne peut pas déplorer que l'Europe ne fasse pas grand-chose pour les infrastructures et l'économie de la connaissance et dire qu'il faut maintenir les aides agricoles comme dans les années 1960.

Sous couvert de critique du libéralisme, la France a divorcé de la liberté tout court. On en voit les ravages sur le plan de l'Etat de droit, de Clearstream à Outreau; on en voit les ravages en économie. La seule manière de lutter contre cela, c'est de renouer avec la filiation libérale.

Publié dans Libéralisme

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S
<br /> Séb Pereira-Gherbi Economie et société, cf les débats affligeants sur le mariage gay...<br />
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P
<br /> Pascal Dray Bon article à faire lire à des socialistes et des étatistes !!!<br />
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F
<br /> François de Durand Analyse fort juste comme très souvent mais ce ne sont pas les "il faut" qui changeront quoi que ce soit...<br /> Tant que ce pays sera perclus de corporatismes, rien ne changera! Tant que les responsables de cette situation désastreuse resteront au commande, nous poursuivrons notre marche en direction du<br /> mur!<br />
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M
<br /> <br /> Maxime Zjelinski Mais le libéralisme, premièrement, ne se limite pas à une critique de l'Etat, et<br /> deuxièmement ne réclame pas sa disparition.<br /> <br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Alain Benajam Sauf que le manifeste communiste de Marx et Engels de 1848 prône la fin de l'état et du salariat ce<br /> manifeste prodrome du marxisme est plus proche du libéralisme que ne l'est la sociale démocratie étatiste.<br /> <br /> <br /> <br />
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