Une enquête réclamée + DERNIÈRES NOUVELLES (à la fin)

Publié le par Alain Genestine

Saïf Al-Islam Kadhafi, fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi

Photo: AFP/Mahmud Turkia

 

Saïf Al-Islam Kadhafi

Des représentants français et libyens continuent de nier l'existence de tout lien entre les ententes d'armement conclues récemment entre les deux pays et la libération d'un médecin et d'infirmières bulgares détenus par la Libye pendant huit ans.

L'Élysée a continué d'affirmer, samedi, qu'elle était favorable à la mise en place d'une commission d'enquête réclamée par l'opposition pour faire la lumière dans cette affaire. Les règles de l'Assemblée nationale ne permettrait pas toutefois la tenue d'une telle commission avant octobre.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a continué de réclamer la transparence dans ce dossier. Le secrétaire général de l'Élysée a rétorqué que l'idée d'une contrepartie au régime de Mouammar Kadhafi en échange de la libération des infirmières n'avait jamais été abordée, sauf par le fils du dirigeant libyen.

Saïf Al-Islam Kadhafi a affirmé samedi que les négociations sur ces contrats avaient débuté il y a un an et demi, et que les ententes ne comportaient aucune condition. « C'est inadmissible qu'une telle affaire humanitaire fasse l'objet d'un troc », a-t-il déclaré.

Le fils du colonel libyen a ajouté que la question n'avait pas été soulevée lorsque des ententes ont été conclues avec le Royaume-Uni, l'Italie et la Russie, même si les infirmières étaient toujours détenues à ce moment-là.

Dans un entretien au quotidien Le Monde, mercredi, Saïf Al-Islam Kadhafi affirmait toutefois qu'il n'avait jamais cru que les infirmières et le médecin étaient coupables, affirmant qu'ils n'avaient servi que de « boucs émissaires ». Plusieurs soupçonnent le régime Kadhafi d'avoir littéralement rançonné l'Europe en détenant pendant huit ans des infirmières et un médecin bulgares.

Pour sa part, le directeur du marketing et de la stratégie du groupe EADS, fournisseur de l'équipement militaire vendu à la Libye, a déclaré que l'Élysée n'était jamais intervenu directement dans les négociations. « Une visite présidentielle crée toujours un climat favorable », a-t-il cependant précisé.

Une vive controverse

Le dictateur libyen Mouammar Kadhafi

Photo: AFP/PATRICK KOVARIK

Le colonel libyen Mouammar Kadhafi

Vendredi, le groupe français EADS a confirmé qu'un premier contrat portant sur la vente à la Libye de son populaire missile antichar Milan a été récemment finalisé, sans toutefois avoir été signé officiellement. EADS confirme aussi l'existence d'un second contrat, portant celui-ci sur de l'équipement de communication militaire.

Le fabricant d'armes insiste dans ses communiqués de vendredi pour préciser que ces deux contrats, d'une valeur globale de 428 millions de dollars, faisaient l'objet de discussions depuis des mois.

Ces contrats sont les premières ententes d'armement signées par la Libye, un ancien État terroriste qui a commis plusieurs attaques contre des avions de ligne occidentaux, avec un pays européen depuis la levée de l'embargo en 2004.

Ils coïncident avec une visite récente du président français Nicolas Sarkozy en Libye, à la suite de laquelle le régime Kadhafi a annoncé la libération des travailleurs de la santé bulgares. Ceux-ci étaient détenus depuis huit ans pour avoir présumément infecté de façon volontaire des enfants avec le VIH.

L'histoire soulève une vive controverse en France. Le président Sarkozy doit s'adresser à la presse dimanche, à son lieu de vacances estivales sur la côte est américaine.



Les contrats pas liés aux infirmières, assure le fils de Kadhafi



PARIS (Reuters) - Les contrats d'armements portant sur la vente à la Libye de missiles antichar et d'un système de communications radio européens ne sont pas liés à la libération des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien, déclare le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.


"Le contrat d'armements signé par la Libye (...) n'avait pas pour contrepartie la libération des six", a déclaré Saïf al Islam, qui a joué un rôle central dans les négociations. "La date est une coïncidence. Cette libération est une question humanitaire qui ne peut faire l'objet d'un échange."

Les six, emprisonnés en Libye pour avoir inoculé - selon la justice libyenne - le VIH à des enfants dans un hôpital, ont été libérés quelques heures avant la visite de Nicolas Sarkozy à Tripoli le mois dernier, qui a jeté les bases d'un rapprochement diplomatique entre la Libye et les pays occidentaux.

Pendant sa visite à Tripoli, le président français, dont l'épouse Cécilia s'était rendue en Libye quelques jours plus tôt dans le cadre des efforts en vue de la libération des six, a conclu un accord en matière de défense et signé un mémorandum d'entente dans le domaine du nucléaire civil.

Mais Saïf al Islam a souligné samedi que les négociations sur les contrats d'armements avaient débuté il y a 18 mois et qu'elles n'étaient assorties ni de conditions libyennes ni de conditions françaises.

"Les gens qui règlent leurs comptes avec Sarkozy pour sa contribution à la libération des infirmières le font par jalousie", a-t-il estimé.

Dans Le Monde daté de jeudi, le fils de Mouammar Kadhafi avait tenu des propos plus ambigus sans pour autant évoquer explicitement des contreparties promises en échange de la libération des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien, emprisonnés depuis 1999.

Selon les propos qu'il a tenus au journal, les Allemands étaient réticents sur les ventes d'armes mais "avec les Français nous avons été en négociations depuis longtemps".

"Nous avons demandé à (Nicolas) Sarkozy d'accélérer les choses. Maintenant que le cas des infirmières est réglé c'est une occasion en or qui survient", avait-il dit au Monde.

Le fils du dirigeant libyen insistait aussi sur le fait qu'il s'agissait du "premier accord de fourniture d'armes d'un pays occidental" depuis la levée en 2004 de l'embargo qui frappait son pays.

Le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant a déclaré samedi, à l'unisson avec EADS, qu'il n'y avait pas eu d'implication directe de la présidence française dans les négociations de contrats d'armement avec Tripoli.

 

Le fils du président libyen, Seif el-Islam Kadhafi, déclare à l'hebdomadaire américain Newsweek que l'affaire des infirmières bulgares a été un "chantage", mais que les Européens ont aussi fait chanter les Libyens et ont "payé le prix" d'un "jeu immoral".


Nicolas Sarkozy reçu par Mouammar Khadafi, ...
ATTENDRISSANT TOUT DE MÊME

Il affirme aussi, dans l'édition internationale de l'hebdomadaire datée du 13 août, qu'un engagement de Paris dans le secteur de la santé en Libye se chiffre à des "centaines de millions d'euros".

La libération des infirmières -dans laquelle Paris a joué un important rôle- a donné lieu à une polémique en France sur l'existence d'éventuelles contreparties.

Interrogé sur l'attitude de Tripoli dans cette affaire le fils du dirigeant libyen explique: "du chantage? Peut-être. C'est du chantage, mais les Européens ont aussi fait du chantage".

"C'est un jeu immoral, mais ils ont établi les règles du jeu, et les Européens paient maintenant le prix...", déclare Seif el-Islam Kadhafi. "Tout le monde a joué sa carte pour favoriser ses intérêts dans son pays".

Les cinq infirmières et un médecin ont été détenus pendant plus de 8 ans et condamnés à mort sous l'accusation --contestée-- d'avoir délibérément inoculé le virus du sida à plus de 400 enfants.

Il rappelle les dédommagements (460 millions d'euros) obtenus par les familles des victimes libyennes, tout en refusant de confirmer une nouvelle fois que le Qatar avait avancé les fonds. "Les Français ont réussi à nous amener l'argent", a-t-il seulement répété.

"Et la Bulgarie, la Slovaquie et d'autres pays européens ont effacé la dette de la Libye. Et ils ont donné plus encore", ajoute-t-il.

A la question de Newsweek de savoir "qu'est ce que les Français ont offert et que personne n'a fait", le responsable libyen répond: "Nous parlons de centaines de millions d'euros pour soutenir le secteur de la santé en Libye".

Il explique qu'il en coûtera "pas moins de 300 millions d'euros pour l'hôpital de Benghazi" que la France s'est engagée, depuis plus d'un an, à rénover. Paris n'a jamais officiellement fourni d'évaluation du coût de cette aide.

"Et ce n'est pas une simple question d'argent, mais aussi de management et d'appui technique pour faire fonctionner l'hôpital avec des personnels français et des liens avec des hôpitaux français", ajoute le responsable libyen.

La France et la Libye ont signé lors d'une visite du président Nicolas Sarkozy à Tripoli après la libération des infirmières un projet d'accord sur une centrale nucléaire pour le dessalement de l'eau de mer.

"C'est un très gros et très onéreux" réacteur, a dit le responsable libyen. Quant à son coût "je ne sais pas. Des milliards".

Le groupe européen EADS a d'autre part confirmé vendredi avoir signé un contrat portant sur la livraison à Tripoli de missiles anti-chars Milan pour 168 millions d'euros.

Confronté aux critiques en France de l'opposition, M. Sarkozy a exclu toute idée que la libération des infirmières eut fait l'objet de "contreparties".

Enfin, interrogé sur le rôle de Cécilia Sarkozy, émissaire de M. Sarkozy en Libye et qui a ramené les infirmières en Bulgarie, Seif el-islam Kadhafi explique que l'épouse du chef de l'Etat français "a été la dernière à être intervenue dans ce dossier et c'est celle qui est revenue avec les infirmières".

"Elle est très chanceuse. Beaucoup de personnes avaient essayé avant", commente-t-il.

 

Publié dans Politique

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