Est-ce que l'Etat de Russie, nous la jouerais, style soviètique ?

Publié le par Alain Genestine


Le pôle Nord sous les couleurs russes

Le brise-glace russe à propulsion nucléaire Rossiya dans l'Arctique

 

L'Arctique convoité

                        

Une semaine après la « sensationnelle découverte » de quelque 70 géologues russes qui auraient réussi à prouver qu'une chaîne de montagnes sous-marine, la dorsale de Lomonosov, relierait directement le pôle Nord au territoire russe, une équipe d'explorateurs vient de planter sous le pôle Nord un drapeau russe.

Les explorateurs, membres d'une ambitieuse expédition à laquelle prend part le fleuron de la flotte de navires scientifiques russes, l'Akademik Federov et le brise-glace à propulsion nucléaire Rossiya, sont descendus mercredi soir à 4261 mètres sous la calotte glaciaire, directement à la verticale du pôle Nord.

Après avoir pris des échantillons de la flore et de la faune sous-marines, les occupants des deux sous-marins de poche ont largué une capsule de titanium renfermant un drapeau de la fédération russe.

Ce dernier geste, très symbolique, a essentiellement pour but de renforcer les prétentions de Moscou sur un pôle Nord qui est, avec le retrait graduel de la banquise, de plus en plus intéressant économiquement.

Une dorsale très convoitée

Tout l'argumentaire russe, en fait, se base sur la géologie de la dorsale de Lomonosov, une chaîne de montagnes sous-marine qui s'étend sur 2000 kilomètres, en passant par le pôle Nord, d'îles de la Sibérie russe à l'île canadienne d'Ellesmere.

En juillet dernier, des géologues russes de retour du pôle Nord ont soutenu détenir des preuves scientifiques selon lesquelles la dorsale de Lomonosov ne serait que l'extension géologique du territoire russe. Et en vertu du droit maritime international, Moscou pourrait réclamer des droits sur les territoires sous-marins situés au-delà de 200 miles marins (près de 400 kilomètres) de sa côte s'il démontre que les fonds convoités sont une prolongation naturelle de son territoire.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Moscou tente de faire valoir ses droits sur la dorsale de Lomonosov. En 2002, la Russie avait été déboutée devant la Commission des Nations unies sur les limites continentales, les Nations unies demandant à Moscou d'apporter davantage de preuves scientifiques pour appuyer ses prétentions.

Et pendant que la Russie revendique la souveraineté du pôle Nord, des scientifiques canadiens et danois tentent de faire valoir, eux, que la dorsale de Lomonosov est plutôt la continuité de l'île canadienne d'Ellesmere ou encore du Groenland danois.

Pour Moscou, aussi bien que pour Ottawa et Copenhague, l'inclusion dans leur territoire national des vastes zones arctiques litigieuses pourrait s'avérer formidablement lucrative.

Actuellement, le droit maritime international reconnaît aux cinq nations qui possèdent des territoires à l'intérieur du cercle arctique (le Canada, les États-Unis, la Russie, la Norvège et le Danemark) une zone souveraine qui s'avance à 200 milles marins de leurs côtes respectives.


 
 
Des explorateurs russes touchent le fond ...



Des milliards de tonnes de pétrole et de gaz

Pendant des années, il ne s'est guère trouvé que la Russie pour faire valoir ses droits sur le point le plus septentrional du globe, la communauté internationale n'y voyant que peu d'intérêt économique. Toutefois, depuis l'épuisement d'une bonne partie des réserves mondiales de gaz et de pétrole et, surtout, depuis que la fonte de la calotte glaciaire rend le pôle Nord un peu moins hostile, c'est tout un potentiel qui se découvre peu à peu.

Les 1,2 million de kilomètres carrés litigieux renfermeraient, selon les estimations des scientifiques, au moins 9 milliards de tonnes de gaz et de pétrole. Et c'est sans compter sur le fait que ce secteur pourrait bien devenir, grâce au réchauffement climatique, l'une des principales routes maritimes internationales, une sorte de canal de Panama du Grand Nord.

En mai dernier, le président russe Vladimir Poutine affirmait qu'il comptait bien préserver « les intérêts stratégiques, économiques, scientifiques et de défenses de la Russie » dans l'Arctique. Peu après, le premier ministre canadien Stephen Harper annonçait, pour sa part, la construction prochaine, au coût de 7,5 milliards de dollars, de huit brise-glace destinés aux patrouilles dans l'Arctique canadien.

Jeudi, une autre équipe de scientifiques russes a entamé une nouvelle mission polaire dans des eaux de plus en plus convoitées.

 

Le bathyscaphe Mir-1 est descendu à 4.261 mètres de profondeur sous la calotte glaciaire au niveau du pôle Nord, selon Vesti 24 qui dispose d'un journaliste à bord d'un bateau en surface.

Un sous-marin de poche russe Mir dans les eaux de l'Arctique

 

Photo: Vesti

 

Un sous-marin de poche russe Mir dans les eaux de l'Arctique

 

Les explorateurs, deux députés et un scientifique russes, entendaient plonger à bord de deux bathyscaphes (appareils habitables destinés à conduire des observateurs dans les grandes profondeurs marines) pour mener des expériences scientifiques et planter un drapeau russe sur le fond marin.

Les Russes affirment que c'est la première tentative du genre.

Au-delà de l'intérêt scientifique, l'expédition Arctique 2007 entend rappeler les visées russes sur le contrôle de ces territoires, disputés avec d'autres pays dont les Etats-Unis et qui pourraient être riches en pétrole et en gaz. M. Tchilingarov a estimé que l'expédition aiderait la Russie à avancer dans la revendication de ces régions. "L'Arctique est à nous et nous devrions y montrer notre présence", avait-il déclaré à la télévision russe.

Dans un discours prononcé en mai, le président russe Vladimir Poutine a promis que des efforts seraient faits pour préserver les "intérêts stratégique, économique, scientifique et de défense de la Russie" dans l'Arctique.

Les scientifiques espèrent pouvoir établir qu'une partie du fond sous-marin passant par le pôle Nord, connu sous le nom de "dorsale Lomonossov", est en réalité une extension géologique de la Russie et que Moscou pourra la revendiquer dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. En 2001, Moscou avait déposé une requête en ce sens devant une commission de l'ONU.

Plusieurs autres pays nordiques tentent d'étendre leurs droits aux ressources sous-marines situées au-delà de leur zone économique exclusive, comme la Norvège et le Danemark qui mènent des études à cette fin. Le Danemark se concentre sur la côte du Groenland.

Les médias russes avancent aussi qu'une expédition américaine est en route pour une autre zone de l'Arctique, la dorsale de Gakkel. Le quotidien Novaïa Izvestia ose le jeu de mot: "On parle déjà sérieusement d'une nouvelle guerre froide". "C'est une sorte de course entre les pays de l'Arctique pour étendre leur plateau continental le plus au nord possible, revendiquer le plus possible de fonds marins", a expliqué à l'AFP Claes Ragner, expert à la Norway's Fridtjof Nansen Institute.

Concrètement, les deux mini sous-marins Mir ("Paix"), qui ont des réserves d'énergie pour trois à cinq heures à une vitesse de 1,5 à 2 noeuds, sont munis d'un bras mécanique qui doit prendre des échantillons du fond marin et de l'eau. L'équipage - M. Tchilingarov, un autre député Vladimir Grouzdev et le scientifique Anatoly Sagalevitch - doit également faire des vidéos et prendre des photos.

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