Heures sup défiscalisées : un moyen de masquer des augmentations de salaires ?

Publié le par Alain Genestine

Le dispositif sur la défiscalisation des heures supplémentaires adopté la semaine dernière par l'Assemblée nationale est loin de faire l'unanimité parmi les économistes. Le point de vue de Pierre Granier, professeur de sciences économiques à la faculté de Marseille.

La défiscalisation des heures supplémentaires va-t-elle augmenter le nombre d’heures travaillées ?

Non, puisque les entreprises n’utilisent déjà pas leurs quotas d’heures supplémentaires. Je crains également que les entreprises et les salariés ne s’entendent sur le dos des pouvoirs publics en déguisant des primes ou un treizième mois en heures supplémentaires. Ils ont un intérêt commun à se comporter ainsi : les salariés ne seront pas imposés sur ces augmentations de salaire et les entreprises n’auront pas à s’acquitter des cotisations patronales. Si le nombre d’heures supplémentaires déclarées augmente sur le papier, il s’agira davantage d’une illusion statistique que d’une réalité sur le terrain.

Quels seront les impacts économiques de cette mesure ?

Cela va sérieusement détériorer l’état des finances publiques. Le gouvernement prévoit de débourser six milliards d’euros par an pour compenser les sommes non perçues par la Sécurité sociale. A l’heure actuelle, il est difficile d’affirmer que ce dispositif aura un impact positif sur l’économie. Ces heures de travail exonérées d’impôts augmenteront le pouvoir d’achat des ménages. Mais elles bénéficieront surtout à ceux qui subissent des taux d’imposition élevés, soit ceux qui ont déjà un salaire important à dépenser.

Que préconisez-vous pour favoriser l’économie ?

Il faut absolument revenir sur les 35 heures. Nicolas Sarkozy ne s’y attaque pas car cette position politique est difficile à assumer. Déjà dans un rapport écrit au printemps dernier, le Conseil d’analyse économique (institut qui conseille le Premier ministre, ndlr) a émis de grandes réserves sur la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure phare du programme électoral de Nicolas Sarkozy. Il met en avant le risque de fraude et l’effet incertain sur l'emploi et les revenus. Je regrette que les avis des experts économiques ne soient pas mieux pris en compte en France.



Publié dans Travail et Economie

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