Le trou de la Sécu-rité de notre Défense !

Publié le par Alain Genestine

Ces milliards qui manquent à la Défense
Par

ALAIN RUELLO


En cette période de fête nationale, militaires et industriels de l'armement sont prévenus : il va falloir se serrer la ceinture. Et pas que d'un cran. Selon le ministre de la Défense Hervé Morin, à supposer que l'on maintienne à l'avenir le niveau de dépenses de l'actuelle loi de programmation militaire (qui court jusqu'en 2008), il va manquer 30 milliards d'euros entre 2009 et 2013. Diable ! Voilà un chiffre que le gouvernement et les médias n'ont pas beaucoup mis en avant. Le trou de la Sécu a bénéficié de plus de publicité. Pourtant, en promettant une « opération vérité » sur les comptes, c'est un véritable missile que le ministre de la Défense a envoyé à son prédécesseur. En clair, Michèle Alliot-Marie aurait abusé du carnet de commandes pour offrir aux militaires des équipements hors de portée financière. Une véritable déclaration de guerre, qui mérite d'être nuancée.

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D'abord le contexte général. L'équation budgétaire de la Défense est l'une des plus difficiles à résoudre. Quant l'Etat lance un grand plan de soutien à la sécurité intérieure, il décide d'un nombre de commissariats à construire, de fonctionnaires à recruter, de voitures ou d'ordinateurs à acheter... et il arrête la facture. En matière d'équipements militaires, c'est différent.

Il faut d'abord penser à long terme pour se préparer aux guerres de demain. Mais les menaces évoluent en permanence. Une loi de programmation militaire dégage les moyens financiers pour fabriquer les équipements jugés indispensables aux missions des armées. Mais c'est un peu la quadrature du cercle puisqu'elle doit concilier vision stratégique et adaptation permanente. L'exercice est d'autant plus difficile qu'un programme d'armement se déroule sur des années, et qu'il est donc difficile de l'adapter en cours de route. C'est l'éternel débat entre le glaive et la cuirasse.

Revenons aux chiffres. Pour arriver aux 30 milliards, Hervé Morin a additionné tous les programmes engagés, et tous ceux qui sont prévus. Pour les honorer, il faudrait ajouter 6 milliards par an aux 15 milliards dépensés en moyenne depuis 2003 en équipements, entretien, et infrastructures diverses. Soit 40 % de plus ! Sur le papier, le constat est donc sans appel pour MAM. Mais Charles Edelstenne, le président du Cidef, le Conseil des industries de défense françaises, estime, lui, l'écart entre 20 % et 30 %.

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Alors qui a raison ? Les deux, mon général. Car personne ne nie la réalité de la bosse financière qui va frapper le budget de la Défense en 2009. Mais à quelle hauteur ? Les chiffres qui circulent vont du simple au triple. Pourquoi ? Parce qu'en matière militaire, les prévisions sont d'autant moins précises qu'elles sont lointaines. Et qu'entre la situation idéale dont rêve l'état-major (le format d'armée 2015 qui dresse la panoplie du soldat idéal) et la réalité du terrain, il y a, et il y aura toujours, un écart. Le gouvernement a beau jeu de promettre une remise à plat des programmes, il est probable que lui aussi sera amené à remettre en question le déroulé de sa loi de programmation militaire.

Les 30 milliards d'Hervé Morin additionnent donc des paiements certains, et des paiements probables. Ces derniers découlent de besoins identifiés aujourd'hui, mais qui seront, ou non, passés en contrat dans les années à venir. Certains le seront probablement, comme le second porte-avions. D'autres reposent encore sur des estimations. Le projet Scorpion, la grosse affaire dans les cartons de l'armée de terre, prévoit par exemple la numérisation de tous les équipements de combat. Facture : 10 milliards d'euros sur... quinze ans. Mais devra-t-on, comme c'est prévu, équiper 300 chars Leclerc, sachant que le fleuron des blindés français n'a pas beaucoup voyagé jusque-là ?

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Il n'en demeure pas moins que sans être dramatique, la situation budgétaire de la Défense est difficile aujourd'hui, beaucoup plus qu'elle ne l'était 2002. A son arrivée rue Saint-Dominique, Michèle Alliot-Marie avait trouvé une situation très dégradée en matière d'équipements militaires. Durant cinq ans, de grands programmes ont été lancés : frégates multimissions, sous-marins nucléaires d'attaque, missiles balistiques... Pour un pays qui revendique un statut de puissance mondiale, l'effort était nécessaire.

Le problème est que nombre de ces grands programmes arrivent à peu près en même temps au stade le production, et vont donc absorber une grande partie des crédits de paiement du ministère à partir de 2009. Autre facteur pénalisant financièrement, les matériels anciens, parce qu'il sont poussés à l'extrême de leur durée de vie, ou nouveaux parce qu'ils sont bourrés d'électronique, sont de plus en plus chers à entretenir. Si l'on ajoute le coût de la dissuasion nucléaire, largement sous-estimé en 2002, on comprend que les marges de manoeuvre à venir soient réduites.

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Alors que faire ? Penser différemment, hiérarchiser les priorités, et remettre à plat les programmes, y compris ceux déjà engagés, selon Nicolas Sarkozy. Plus facile à dire qu'à faire. Il y a les très coûteux, mais qui sont sanctuarisés (dissuasion par exemple). Et il y a les autres. On peut toujours diminuer les cibles (moins de Rafale par exemple) ou, comme c'est la pratique habituelle, décaler les commandes. Mais, outre que l'industriel ne manque pas de réclamer des pénalités, se pose la question de la charge de travail, et donc de l'emploi. Socialement dangereux.

Mettre plus d'argent alors ? Le président s'est engagé à maintenir l'effort de défense « au moins à son niveau actuel, soit de l'ordre de 2 % du PIB ». Mais vu la situation budgétaire du pays, toute rallonge paraît exclue. Quant aux coopérations européennes, l'écart est tel entre le discours des chancelleries et la réalité qu'il ne faut pas en attendre de miracles. Ce sont donc les multiples « petits » programmes qui risquent de pâtir. Sans oublier le sujet tabou, celui des effectifs : la rumeur fait état de plusieurs milliers de postes supprimés.


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Publié dans Travail et Economie

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