14 juillet la prise de la Bastille, Hommage aux Libéraux et notamment à Necker.

Publié le par Alain Genestine


Les causes qui ont conduit à la Révolution sont multiples : l’apparition de nouvelles valeurs morales et intellectuelles au cours du siècle des Lumières (18e), à travers notamment les écrits de Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot, ont créé un climat favorable aux revendications d’un peuple opprimé par les classes dominantes; par ailleurs, la monarchie est en crise et affaiblie, elle doit faire face à la montée en puissance des parlements qui s’opposent au roi Louis XVI; le déficit budgétaire de l’Etat est chronique, le peuple mécontent doit payer des impôts plus lourds pour financer des guerres coûteuses en Europe et en Amérique : le marquis de La Fayette est parti combattre dès 1877 avec des volontaires français aux côtés des insurgés des Etats du Nord et l’Amérique pourra finalement proclamer la fin de la guerre d’indépendance en 1783, lors du Traité de Versailles. La combinaison de tous ces facteurs contribue donc à installer une grave crise de confiance dans le pays ainsi qu’un sentiment profond de frustration parmi le peuple, qui menace d’exploser.



En 1786, Calonne, ministre des Finances de Louis XVI, promulgue une loi visant à faire payer des impôts aux propriétaires fonciers. Ce nouvel impôt, qui a pour but de renflouer les caisses de l’Etat vidées par la crise économique, est naturellement très mal accueilli par les détenteurs de privilèges concernés, qui s’opposent violemment à cette loi. Face à cet échec, Louis XVI convoque en août 1788 les Etats généraux, une assemblée très rarement sollicitée par le pouvoir royal et qui est censée représenter le pays en trois tiers : la noblesse, le clergé et le peuple (le Tiers Etat). Pour préparer cette assemblée, chaque village, chaque corporation de France préparent un cahier de doléances qui contient les voeux et souhaits de la population. Parmi ces voeux figurent sans surprise la formation d’une constitution pour le pays (selon un modèle inspiré de l’expérience américaine), l’abolition des droits féodaux et des impôts injustes. En somme, rien de très concret qui pourrait aider l’Etat à se sortir du marasme économique et financier. Pour la première assemblée qui a lieu le 5 mai 1789 à Versailles, la résidence du roi, le ministre Necker http://utopia.utexas.edu/project/portraits/necker.jpgaccorde aux élus du peuple une représentation égale à celles de la noblesse et du clergé réunies. Malgré ce geste magnanime, les Etats généraux sont une déception pour les députés du peuple : dès l’ouverture de la session, ils réalisent qu’aucune des réformes proposées dans leurs cahiers de doléances ne sera sérieusement discutée.

La prise de la Bastille


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Cette tromperie politique précipite les événements, qui vont se succéder rapidement. Le 17 juin 1789, les représentants du Tiers Etat à Versailles s’auto-proclament Assemblée nationale. Trois jours plus tard, le 20 juin, alors qu’ils sont réunis dans une vaste salle sans fenêtres du palais, ils s’engagent à ne pas se séparer avant d’avoir rédigé une constitution pour le pays; c’est le Serment du Jeu de Paume. Le 9 juillet, à la suite de leurs délibérations, les députés du Tiers Etat se proclament Assemblée constituante. Pendant ce temps, Louis XVI prépare ses régiments pour écraser les rebelles et le 11 juillet, il renvoie le très populaire Necker, ce que le peuple désapprouve fortement. Le 12 juillet, les Parisiens commencent à se mobiliser et le 14 au matin ils assaillent les Invalides, où ils s’emparent de 30 000 fusils et de douze canons. Ils se dirigent ensuite vers la Bastille où espèrent trouver d’autres armes. La Bastille est une gigantesque bâtisse rectangulaire flanquée de quatre tours et qui a été construite par Charles VI au 15e siècle pour protéger Paris. Elle sert depuis de prison royale et elle est surtout le symbole de l’autorité monarchique. En fin d’après-midi, les insurgés maîtrisent complètement le bâtiment. La tête du gouverneur de la Bastille est promenée au bout d’un piquet, les villes de province se révoltent à leur tour, la Révolution est en marche, rien ne pourra l’arrêter.

Fin de l’Ancien Régime

Budget de 1774

 

Le 16 juillet, Louis XVI rappelle Necker et renoue le dialogue avec les révolutionnaires. Cette entente durera trois ans, elle reposera sur le principe d’un partage du pouvoir dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. En d’autres termes, le roi reste au sommet de l’Etat mais l’Assemblée rédige les lois et exerce son influence sur l’exécutif. Le symbolisme de cette alliance se retrouve dans le nouveau drapeau français : entre le bleu et le rouge qui sont les couleurs de la ville de Paris se place le blanc, qui représente la noblesse. Le 4 août 1789, l’Assemblée constituante abolit l’ancien régime social et les privilèges, ce qui provoque immédiatement des scènes de panique dans toutes les provinces du pays. Le 26 août, la même assemblée publie la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui garantit les droits fondamentaux du peuple en même temps qu’elle formule ses devoirs : liberté, égalité, mais aussi souveraineté de la nation.

Affolée par les événements, la noblesse fuit en masse à l’étranger, tandis que le roi est ramené de Versailles à Paris, où siègera désormais l’Assemblée. Un an plus tard, le 14 juillet 1790, le premier jour anniversaire de la prise de la Bastille, Louis XVI jure solennellement son allégeance à la Constitution. Toutefois, l’année suivante, en juin 1791, le roi déguisé en bourgeois tente de s’enfuir; il est cependant rattrapé à Varennes et ramené à Paris. Cette action du roi lui fait perdre toute sa crédibilité auprès du peuple parisien, qui réclame son exécution. L’Assemblée lui accorde finalement le bénéfice du doute, en accréditant la thèse d’un enlèvement.

En avril 1792, sur une proposition de Louis XVI, dont les motivations sont suspectes, la France déclare la guerre à l’Autriche, alliée de la Prusse. Cette menace de l’extérieur va renforcer la ferveur patriotique des révolutionnaires parisiens les plus radicaux, les "sans-culottes" qui s’emparent le 10 août des Tuileries, la demeure du roi. L’Assemblée décide immédiatement de déposer le roi et vote pour la formation d’une Convention nationale, dont les députés seront élus au suffrage universel. Début septembre, les troupes prussiennes franchissent le Rhin, prennent Verdun et Longwy, proches de la frontière. Le 20 septembre, les Prussiens affrontent les troupes françaises à Valmy. Les Français sortent victorieux de cette bataille importante, grâce à leurs excellents canons et surtout à la fougue des soldats révolutionnaires, conscients de défendre la patrie en danger. La Révolution est finalement sauvée à Valmy, et cette victoire provoque un nouvel élan de confiance populaire.

Au lendemain de la victoire de Valmy, la Convention nouvellement élue proclame le 21 septembre 1792 la République, la première de l’histoire européenne. Or déjà, l’Assemblée est divisée par des divergences au sein des députés sur la conduite de la Révolution. Les Girondins optent pour une attitude modérée et veulent en finir avec les réformes radicales qui sanctionnent lourdement la bourgeoisie et les propriétaires terriens. A l’opposé, les Montagnards (nommés ainsi parce qu’ils occupent les bancs des rangées supérieures de l’Assemblée) sont partisans de la poursuite des réformes et soutiennent les "sans-culottes", le mouvement populaire le plus extrêmiste de la Révolution. Ces divisions au sein de la Convention iront en s’aggravant et plongeront durant deux années la France révolutionnaire dans sa période la plus sanglante.

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En janvier 1793, Louis XVI est accusé d’avoir collaboré avec les forces anti-révolutionnaires et est décapité le 21. La Convention doit par ailleurs faire face à une coalition de pays européens regroupant l’Angleterre, la Hollande, la Prusse, l’Autriche et l’Espagne qui se sentent menacés par la république française régicide. En réponse, la Convention décide la mobilisation de 300 000 hommes, ce qui provoque le soulèvement des Vendéens, sympathisants des Girondins. En avril 1793, le pouvoir passe aux mains d’un gouvernement révolutionnaire, le Comité de salut public, présidé par Danton. L’une des premières mesures très impopulaires du nouveau gouvernement est de geler les prix et les salaires afin de faire face à la crise économique du pays. Une autre mesure vise à éliminer l’opposition, celle des Girondins en particulier, qui sont arrêtés et exécutés. La France est désormais entrée dans sa période la plus noire, la Terreur : s’opposer au gouvernement révolutionnaire des Jacobins signifie la mort. Toutefois, les scissions au sein du Comité apparaissent quelques mois plus tard seulement : au printemps de l’année suivante, en mars 1794, Hébert, l’un des activistes les plus radicaux de la Terreur est arrêté et guillotiné avec ses amis hébertistes. En avril, c’est au tour des indulgents, les plus modérés des partisans de la Terreur, dont font partie Danton et Camille Desmoulins, de passer sous la guillotine. Robespierre, brillant orateur et député du Tiers Etat depuis 1789, s’est ainsi débarrassé de tous ses ennemis et se retrouve le seul maître du Comité de salut public. Son règne ne dure que quelques mois cependant, juste le temps pour les armées françaises de conquérir la Belgique et la Rhénanie; Robespierre est arrêté et exécuté le 17 juillet 1794, le 9 Thermidor, selon le calendrier révolutionnaire. Cette date marque la fin de la domination des Montagnards à la Convention.

Necker le libéral du Roi


Le premier ministère (1776-1781)

Les talents de banquier de Necker, la popularité de ses ouvrages et l’appui qu’il reçut de nombreux hommes de lettres grâce au salon que tenait son épouse, lui valurent d’être désigné au ministère des finances quatre jours après le décès inopiné de Clugny de Nuits. Exclu de l’exercice de tout office en raison de ses origines protestantes et de sa qualité d’étranger, Necker ne pouvait être revêtu de la charge de contrôleur général. Le 22 octobre 1776, il reçut le titre de directeur général du Trésor Royal tandis que Maurepas nomma au contrôle général, sur les conseils de Necker, « un homme de bonne réputation, sans malice et sans gaucherie dans l’esprit, car il n’aura rien à faire que de laisser les choses telles qu’elles sont jusqu’à ce que les affaires d’argent et de crédit étant examinées, on soit dans le cas de faire des améliorations raisonnables et de choisir entre les abus les plus importants à remédier ». Rapidement dégoûté de la position subalterne qu’on lui avait sciemment réservée et hostile aux réformes de Necker, le contrôleur général Taboureau des Réaux démissionna dès le 29 juin 1777. Des lettres patentes du même jour déclarèrent la vacance de la charge de contrôleur général et en confia les fonctions aux gardes des registres du contrôle général tandis qu’un brevet du même jour nomma Necker aux fonctions de directeur général des finances qu’il exerça jusqu’au 19 mai 1781.

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La promotion de Necker, une décision « hors de ligne des choix ordinaires », fut précipitée par la nécessité de financer la guerre d’Amérique dont les préparatifs avaient débuté dès le mois de juin 1776. Durant les quatre années et demi de son premier ministère, Necker accomplit d’importantes réformes dans les structures de l’administration financière qui faisaient depuis longtemps l’objet des critiques des ministres, des réformateurs et de l’opinion en général. Peu originales en soi, les mesures de réduction des dépenses, de centralisation de la trésorerie et de bonifications des revenus furent des éléments essentiels de l’action ministérielle de Necker. Il estimait en effet que le gouvernement pourrait emprunter n’importe quelle somme d’argent pour financer la guerre dès lors que le budget ordinaire était équilibré, ce qui devait permettre d’éviter les augmentations d’impôts et, partant, la diminution de la consommation.

 

La réduction des dépenses

 Comme nombre de ses prédécesseurs, Necker rencontra d’énormes difficultés pour imposer son point de vue sur l’opportunité de nombreuses dépenses, en particulier celles de la guerre et de la marine. Privé du titre de ministre d’Etat durant son premier ministère, il ne participa à aucun des conseils du roi ni aux comités de ministres. Il réussit néanmoins à entreprendre une importante série de réformes qu’il exposa dans plusieurs mémoires adressés au roi et qu’il discuta de concert avec Louis XVI dans leurs séances de travail en la présence de Maurepas. La réduction des dépenses de la maison du roi fut un objet particulier d’attention de Necker car il estimait que les critiques du public à ce sujet, «absurdes dans leur étendue... influent sur le crédit et sur d'autres opinions bien essentielles». Les réformes dans la maison du roi furent précédées par un assainissement financier destiné à liquider, sur 6 années, les dépenses arriérées et à rapprocher le payement des dépenses courantes (22 décembre 1776). Se protégeant ainsi des critiques, Necker ordonna, par un édit du mois de janvier 1780, la suppression de divers offices comptables au profit d’un Bureau général d’administration des dépenses de la maison du roi et de la reine qui fut dirigé par le secrétaire d’Etat chargé de ce département et lui-même. Les pensions firent également l’objet de l’attention de Necker. Poursuivant la politique engagée par Bertin et L’Averdy pour réduire les charges et lutter contre les fraudes, un règlement du 22 décembre 1776 centralisa l’octroi des nouvelles pensions sur la seule caisse du Trésor royal. Cette mesure fut complétée par une refonte générale des brevets de pension ordonnée par les lettres patentes du 8 novembre 1778. Ces réussites inattendues, qui allaient être l’une des causes de son renvoi en 1781, valurent à Necker les commentaires enthousiastes du public : « Il est extraordinaire que ce que n’ont osé entreprendre les Ministres les plus accrédités, le Roi lui-même, vienne d’être effectué par un simple citoyen de Genève, M. Necker, […]occupant précairement une place dont sa religion, sa naissance étrangère et les préventions de la Nation semblaient l’exclure » (Besenval).

Les assemblées provinciales

A compter de 1780, Necker s’attacha à la réforme de l’administration locale et provinciale entamée par L’Averdy en 1764 et à laquelle Turgot avait songé sans cependant réussir à se décider ni en avoir le temps. Dans la lignée des critiques du marquis d’Argenson, Necker adressa au début de l’année 1778 un long mémoire à Louis XVI qui proposait une séparation des pouvoirs en distinguant la police civile, réservée aux commissaires du roi, la police économique confiée aux représentants des habitants et la justice déléguée aux magistrats. En conséquence, plusieurs arrêts du Conseil établirent une administration provinciale en Berry (12 juillet 1778), en Dauphiné qui n’eut pas de suite (27 avril 1779), en Haute-Guyenne (11 juillet 1779) et dans la généralité de Moulins (19 avril 1780). Ces assemblées, qui faisaient une large place à la représentation du tiers état, furent chargées, entre autres choses, de la répartition des impôts, de l’entretien et de la construction des chemins et des encouragements au développement économique de leur région.

 

Le Compte-rendu au Roi et la chute de Necker

Les réformes hardies entreprises par Necker lui valurent de nombreuses louanges mais aussi les critiques amères des financiers, d’une part, qui avaient été dépouillés de leurs fonctions lucratives qu’ils considéraient comme constitutives de la monarchie et des intendants, d’autre part, qui acceptaient mal d’abandonner une partie de leur autorité dans les provinces. Le parlement de Paris s’échauda également contre Necker lorsqu’il eut communication, au mois d’avril 1781, par le biais de Cromot du Bourg, un ancien commis du contrôle général nommé surintendant des finances du comte d’Artois, de son mémoire secret sur les administrations provinciales qui étaient ostensiblement envisagées comme un moyen de réduire la puissance de la magistrature. La publication par Necker, le 19 février 1781, du fameux Compte rendu au Roi qui offrait, pour la première fois au public l’état des recettes et des dépenses du royaume annonçant un excédent de 10,2 millions du budget ordinaire de 1781 (dépenses 254 millions) fut un énorme succès de librairie mais déplut à Maurepas. Ce dernier, qui avait accepté de renvoyer Sartine, secrétaire d’Etat de la marine, accusé par Necker de ne pas se plier aux formalités du contrôle des dépenses de son département, refusa d’accéder au vœu de Necker d’entrer au Conseil du roi. Terrassé dans son orgueil selon l’abbé Georgel, Necker préféra donner sa démission le 19 mai 1781.

Necker quitta le contrôle général où il avait fait sa résidence pour se retirer dans son château de Saint-Ouen. En 1784, il séjourna en Suisse pour restaurer son château de Coppet, près de Genève, et voyagea l’année suivante en France. Cette retraite fut surtout occupée à la rédaction de son nouveau succès de librairie, De l’administration des finances, un traité complet des finances en trois volumes « qui n’est réellement et au fond qu’une compilation de tous les renseignements qui se trouvent à l’Hôtel des Fermes, des Monnaies et autres du gouvernement... preuve au moins qu’il les avaient lus et certainement ses prédécesseurs n’en savaient pas tant » (Augeard).

Necker, qui faisait l’objet de l’admiration sans bornes de ses nombreux partisans en France et à l’étranger, revint sur le devant de la scène publique en 1787 lorsque Calonne révéla, devant l’Assemblée des notables, l’existence d’un important déficit puis accusa Necker, le 2 mars, d’avoir publié de faux renseignements sur l’état des revenus et des dépenses dans son Compte-rendu au Roi de 1781 en affirmant que les comptes effectifs de cette année montraient l’existence d’un déficit de 50 millions. Necker répliqua dans un mémoire publié le 10 avril dans lequel il reconnut que ses emprunts avaient augmenté les charges de 45 millions mais en soulignant que les économies qu’il avait réalisées s’élevaient à 84 millions et non à 17 millions comme l’affirmait Calonne. Cette riposte valut à Necker d’être exilé le 13 avril hors de Paris et engagea un intense débat public entre les deux ministres et leurs partisans sur les comptes de l’année 1781.

 

Le second ministère (août 1788-juillet 1789)

L’échec de Calonne lors de l’assemblée des notables et la révolte contre la réforme judiciaire du garde des sceaux Lamoignon sous le ministère Loménie de Brienne (1788) ne firent qu’amplifier les difficultés du gouvernement. L’inadaptation des structures politiques, économiques et financières de la monarchie contribuèrent à creuser un déficit provenant essentiellement des emprunts cumulés depuis la guerre d’Amérique - 530 millions par Necker, 411 millions sous Joly de Fleury et d’Ormesson, 653 millions par Calonne. A la fin de l’été 1788, le Trésor royal fut placé devant l’impossibilité de renouveler les anticipations. Loménie de Brienne décida alors de compléter la réforme du Trésor conduite par le contrôleur général Lambert en ordonnant, par un arrêt du Conseil du 16 août 1788, d’acquitter une partie des dépenses en billets du Trésor royal portant un intérêt de 5 %. Cette cessation des payements en espèces ramena presque naturellement Necker, réputé pour son habileté à trouver de l’argent, à la direction générale des finances le 25 août 1788. Deux jours plus tard, il reçut le titre de ministre d’Etat, obtenant ainsi l’entrée dans tous les conseils du roi.

Sans abandonner les finances, l’action ministérielle de Necker en 1788 et 1789 fut plus nettement politique. Il rappela presque immédiatement le parlement de Paris dont les membres avaient été exilés (23 septembre), avança la date de la convocation des Etats généraux et réunit, au mois de novembre 1788, une seconde assemblée des notables qui eut à se prononcer sur les modalités de l’élection des députés, en particulier sur la question du vote par tête ou par ordre, qui ne fut pas tranchée, et du doublement de la représentation du tiers état accordé par le règlement électoral du 27 décembre 1789.

Fidèle à ses conceptions économiques et devant affronter une grave pénurie de grains, Necker révoqua les lois libérales mises en place sous le ministère Brienne. L’exportation des céréales fut prohibée (7 septembre 1788) ainsi que l’achat des grains hors des marchés (23 novembre 1788). Ces mesures furent accompagnées par l’achat de grains à l’étranger, par l’octroi de primes aux importations et, le 22 avril 1789, par un arrêt du Conseil permettant aux autorités de police de prendre les mesures nécessaires pour approvisionner les marchés.

Pour ce qui concerne les finances, Necker se borna à révoquer la cessation des paiements et à trouver les moyens de réunir plus de 70 millions afin d’assurer les services de la trésorerie jusqu’à la réunion des États généraux, cela grâce à des avances de la Caisse d’escompte et à des emprunts auprès des financiers et de divers corps, dont les notaires de Paris.

Necker, généralement considéré comme un ministre patriote pour avoir fortement appuyé le doublement du tiers état au Conseil, commença à perdre de sa popularité à partir de l’ouverture des Etats généraux. Son discours du 5 mai 1789 sur l’état des finances - qui dura près de trois heures et annonça un déficit de 55 millions sur les dépenses ordinaires de 531 millions (maisons royales : 25 millions ; guerre : 99 millions; marine : 40,5 millions; rentes perpétuelles et viagères : 162,5 millions ; traitements des financiers et frais de recouvrement : 20 millions) - fut mal reçu par les députés qui ne s’intéressaient vraiment qu’au problème du vote. Indécis sur les moyens de trouver une solution à la crise des États généraux et contrarié dans ses projets, il refusa d’assister à la séance royale du 23 juin 1789 dans laquelle Louis XVI fixa les limites des concessions qu’il était prêt à accorder aux députés du tiers état. Louis XVI, qui s’apprêtait à réagir contre l’Assemblée nationale, congédia secrètement Necker le 11 juillet 1789 à cause de sa « condescendance extrême » à l’égard des États généraux. Il quitta aussitôt la France et joignit Bruxelles le 13 juillet puis Bâle le 20 juillet.

 

Le troisième ministère (juillet 1789-septembre 1790)

La nouvelle du renvoi de Necker précipita la crise politique qui s’acheva par la prise de la Bastille. Le 16 juillet, Louis XVI se décida à rappeler Necker qui prit alors le titre de premier ministre des finances. Au cours des quelques mois de son dernier ministère, Necker usa le reste de sa popularité dans des luttes avec les députés de l’Assemblée Constituante, en particulier avec Mirabeau, qui acceptèrent mal ses prises de positions politiques lors des débats constitutionnels ainsi que ses propositions de financer le déficit et d’assurer le service de la trésorerie par les méthodes traditionnelles des anticipations et des emprunts. Agacé par la méfiance des Constituants à l’égard de toutes ses propositions financières, hostile à l’idée de rembourser l’ensemble des dettes de l’Etat par l’émission massive d’assignats et violemment critiqué dans des pamphlets pour ses dénonciations de l’incivisme fiscal des français, Necker préféra démissionner le 3 septembre 1790. Quelques jours plus tôt, le 2 août 1790, Vernier, rapporteur du Comité des finances avait poliment exprimé les divergences essentielles qui existaient entre l’Assemblée et Necker : « Je crois devoir rendre hautement justice aux vertus du ministre : c’est un fort qu’on attaque de tous côtés qui est imprenable. Le seul reproche qu’on puisse lui faire, c’est d’avoir voulu substituer des impôts à d’autres impôts, c’est d’avoir présenté des idées conformes à une longue expérience qui ne permet guère de s’élever à la hauteur des conceptions nouvelles ». Moins amène, Mirabeau annonça le 1er septembre à Louis XVI que « le Ministre actuel des finances ne se chargera point de diriger, comme elle doit l’être, la grande opération des assignats-monnaie. Il ne revient pas facilement de ses conceptions et la ressource des assignats-monnaie n’a pas été conçue par lui ; il s’est même déterminé à la combattre. Il n’est rien moins qu’en bonne intelligence avec l’Assemblée nationale. Il ne gouverne plus l’opinion publique. On attendait de lui des miracles et il n’a pu sortir d’une routine contraire aux circonstances ».

La personnalité et l’action de Necker au ministère ont été jugées diversement par ses contemporains et par les historiens qui l’ont le plus souvent condamné en le désignant, au mieux, comme l’étourdi responsable de la Révolution française. Ces propos excessifs ont été remis en cause dans de récentes réhabilitations dont les principales conclusions semblent confirmer les anciens commentaires du chevalier Hennet : « je distingue dans M. Necker trois hommes : le particulier, le ministre des Finances, le ministre d’Etat. Je crois le premier vertueux et sensible, le second habile et intègre, le troisième ignorant et maladroit ».

 

L’après-ministériat

Necker se retira en Suisse, dans son château de Coppet, où il vécut paisiblement jusqu’en 1804 en continuant à rédiger divers ouvrages dont son étonnante carrière fut le principal sujet.

 

Écrits

 En plus de sa correspondance administrative, Necker a rédigé de très nombreux écrits qui ont donné lieu à plusieurs éditions. Ils ont été réunis dans les Œuvres complètes de M. Necker publiées par M. le Bon de Staël, son petit-fils..., Paris, Treuttel et Wurtz, 1820-1821, 15 vol., in-8° : vol. I. Notice sur Necker, par A. de Staël-Hosltein. Sur la législation du commerce des grains ; vol. II. Compte-rendu au Roi ; vol. III. Premier ministère de Necker ; vol. IV-V. De l’administration des finances de la France (première édition, s.l., 1784, 3 vol. In 8°, 1785, s.l., 3 vol.) ; vol. VI. Sur l’administration de M. Necker. Second ministère de M. Necker ; vol VII. Troisième ministère de Necker ; vol. VIII. Du pouvoir exécutif dans les grands États. vol. IX-X. De la Révolution française ; vol XI. Dernières vues de politique et de finance. Réflexions sur le procès de Louis XVI. Table chronologique des actes du premier ministère de M. Necker ; vol XII. Sur l’importance des opinions religieuses ; vol. XIII-XIV. Cours de morale religieuse ; vol. XV. Mélanges. Liste chronologique des écrits de M. Necker.

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B
Vision prémonitoire?
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J
très clair et bien expliqué... en bref, on doit remettre cela, car nous nous trouvons dans la même situation économique et politique aujourd'hui...
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E
tapez sur you tube : marion sigaut revolution...
M
http://www.youtube.com/watch?v=Vxzs6jCTgto<br /> Lire la vidéo<br /> Liberté, égalité, choucroute<br /> Année/Year : 1985 Real. Jean Yanne - Avec/Cast : Michel Serrault, Ursula Andress, Jean Poiret, Gérard Darmon, Daniel Prévost... Histoire : Une parodie de la ...
B
Histoire...<br /> exactement...
D
<br /> <br /> Daniel Thureau<br /> <br /> Beau symbole la ou n'était enfermé, sur lettre de cachet, pratiquement que des aristocrates....<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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