Libéraux ne vivez plus cachés

Publié le par Alain Genestine

Le prix nobel a été attribué à un économiste canadien Robert Mundell. Cet économiste, une fois de plus est libéral et a enseigné à l'école de Chicago. Il a d'autant plus d'intérêt pour nous européens qu'il a exercé une influence indirecte sur notre vie de tous les jours. En effet, ses théories sur les zones monétaires optimales ont inspiré les fondateurs de l'Euro.


Mais les Français, qui ont une mémoire très sélective, l'ont oublié. Ils préfèrent se souvenir que l'Euro a été crée par des hommes politiques. En revanche, ils "oublient" les théories sur lesquelles les hommes politiques se sont appuyées.


Cet oubli permanent discrédite les idées libérales. Les médias, les hommes politiques savent très bien dénoncer les échecs du libéralisme. En revanche, ils oublient de célébrer ses réussites. De plus, la mauvaise foi fait que tout échec économique est attribué au libéralisme. Ainsi, un accident ferrovière survient en Grande Bretagne et on accuse les privatisations.


Pourtant, on ne cherche jamais les vrais causes. Dans le domaine ferrovière, les privatisations sont qualifiées d'outrancières. Mais, il ne faut pas oublier que la privatisation des chemins de fer date de 1995-1996 seulement. Si les chemins de fer britanniques sont sous-développés, c'est parce que l'Etat n'a pas effectué d'investissements pendant des décennies. Demander à une entreprise de combler un retard sur trois ans est aberrant. Libération estime que "vieux de cent quarante ans, BR était certes une plaisanterie nationale, un parangon de l'inefficacité des services publics britanniques, bloqué entre un Etat qui refusait d'investir et des syndicats corporatistes" (. Pourquoi dès lors condamner le libéralisme ?


Il est mauvais d'enfermer le libéralisme dans des clichés. Le libéralisme marche dans de nombreux cas et on oublie de le dire. Quand il ne marche pas, on le crie sur les toits. Enfin, dans tous les cas, il sert d'épouvantail.


Si les anti-libéraux mettaient autant de zèle à reconnaitre les réussites libérales que leurs échecs, la France serait sans doute la locomotive du libéralisme dans le monde.


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Dans une tribune intitulée « Etre républicain aujourd’hui »[1], le président de l’Assemblée Nationale a plaidé pour la résurrection du modèle républicain qui serait malmené par les tenants du « libéralisme intégral ». La situation très préoccupante dans laquelle se trouve actuellement notre pays ne serait, selon lui, que le produit d’un excès de libéralisme et il serait donc urgent que l’Etat se ressaisisse et intervienne au plus vite pour restaurer le primat de l’égalité et de la justice sociale.

Ce plaidoyer à charge illustre parfaitement l’obsession anti-libérale qui anime la majorité de nos dirigeants, à droite comme à gauche. Avec un manichéisme caricatural, Jean-Louis Debré oppose en effet deux mondes moralement irréconciliables : d’un côté, l’amas hétéroclite et cauchemardesque des « forces du marché », des « grandes multinationales », des « délocalisations », du « dumping social » et des « tentations individualistes » ; de l’autre, le monde bienfaisant et pavé de bonnes intentions de la « République », du « service public », de « l’intérêt général », des « règles », de la « cohésion sociale », de « l’égalité », de « l’intégration » et de la « laïcité ».

 La tirade est classique. Trop classique même et c’est sans doute, comme l’a démontré Raymond Boudon dans son dernier ouvrage [2], parce que ce type de raisonnements domine la sphère intellectuelle, politique et médiatique depuis plus de trente ans que les Français ont une vision totalement biaisée du libéralisme.

 Etre libéral aujourd’hui, en France, c’est donc avant tout être confronté à une pensée étatiste ultra-majoritaire qui n’hésite pas à manier les idées-reçues, à entretenir les peurs et à attiser les conflits pour donner un maximum de légitimité à l’intervention publique.

 Il est ainsi pour le moins stupéfiant que Jean-Louis Debré laisse entendre que notre pays serait de plus en plus acquis aux thèses libérales alors même que nos dépenses publiques battent des records et représentent 54,4% du PIB en 2003 (contre 40,9% pour les pays de l’OCDE[3]). Comment peut-on tenir sérieusement un tel discours dans un pays où près de 17 000 textes sont publiés chaque année au Journal Officiel [4], où les trente-cinq heures sont largement perçues comme un « acquis social » (sic) et où la dette publique, qui atteint aujourd’hui 63 % du PIB (soit 16 000 euros par français et donc bien plus par contribuable), devient un fardeau de plus en plus menaçant pour les générations futures ? Si la France était véritablement libérale, l’emploi public n’aurait pas augmenté plus vite que la population active ces 20 dernières années, au point d’atteindre aujourd’hui plus d’un cinquième des emplois[5], et elle n’aurait pas été hissée par le très sérieux magazine Forbes à la sinistre première place du classement des pays souffrant de la plus grande « misère fiscale ». 

 Etre libéral, c’est finalement être contraint de devoir remonter inlassablement le courant dominant des idées fausses. Et ce n’est absolument pas, comme souhaite nous le faire croire Jean-Louis Debré, jouer le jeu des grandes multinationales contre les petits commerçants et, plus généralement, prendre la défense des forts contre les faibles. Est-il vraiment besoin de rappeler que la plupart des grands monopoles sont en réalité le fruit de législations nationales et protectionnistes qui empêchent les petits entrepreneurs de pénétrer certains marchés ?

 Alors que, dans notre pays, la mondialisation est bien souvent mal comprise, il n’est plus temps d’agiter les chiffons rouges. L’heure est en effet venue de prendre conscience que le processus naturel de libéralisation de l’économie a, partout où il n’a pas été bridé, permis une augmentation du bien-être général et pas seulement celui des plus aisés.

 Etre libéral aujourd’hui, c’est aussi lutter contre la prétention qu’ont certains hommes politiques à considérer que seule leur action peut créer de la croissance et de la solidarité. Cela revient à adopter une démarche modeste vis-à-vis de l’action humaine, à la comprendre, à la respecter et à se méfier des hommes publics qui rêvent de « changer l’homme ».

 Etre libéral ne revient cependant pas à considérer que l’être humain est parfait mais à prendre simplement conscience que si toute personne peut se tromper, l’erreur de l’homme politique peut s’avérer bien plus dramatique que toute autre car l’effet de levier de ses interventions est extrêmement important. Si l’on ajoute à cela le phénomène irréfutable selon lequel un propriétaire légitime est naturellement incité à mieux gérer ses biens qu’un homme politique qui manie des fonds qui ne lui appartiennent pas, il est dès lors aisé de comprendre pourquoi le libéral fait plus confiance en l’homme qu’en l’homme d’Etat.

 Par ailleurs, il est faux de laisser entendre, comme le fait Jean-Louis Debré, que pour un libéral, le marché est un but en soi. Derrière ce qu’on appelle le marché, se cache en réalité un ensemble de personnes qui échangent chaque jour des produits et des services. Vouloir entretenir les peurs en identifiant le marché au « grand capital » n’a dès lors aucun sens. L’homme est en effet un être sociable qui a besoin d’échanger pour assurer sa propre survie. Le marché est né de ce constat et n’est donc pas un objectif à atteindre mais une réalité qu’il convient de préserver.

 Le marché a, en outre, besoin de règles pour fonctionner et il semble important de rappeler qu’aucun libéral ne le nie. Bien au contraire, être libéral c’est avant tout défendre le respect des droits naturels que chacun a sur son propre corps et sur les biens qu’il crée ou acquiert légitimement (c'est-à-dire sans violer la propriété d’autrui). Ces règles de droit sont éthiquement irréprochables mais elles sont malheureusement très souvent remplacées par des normes autoritaires, imposées par un Etat qui, sous prétexte de réguler l’économie, ne fait en réalité que la réglementer toujours davantage, outrepassant ainsi son rôle naturel.

 Considérer enfin que le corporatisme et le communautarisme sont les fils maudits du libéralisme et de l’individualisme perpétue une nouvelle erreur d’interprétation. Les individus sont des êtres complexes et mus par un nombre infini de passions et d’intérêts. Ils sont donc, au gré des moments, attirés par des groupements où ils rencontrent des personnes qui partagent certains de leurs centres d’intérêt. Ces rassemblements librement constitués ne sont donc a priori aucunement condamnables. Ce qui est regrettable, ce n’est donc pas que des personnes se regroupent mais que l’Etat soit parvenu à un tel niveau d’implication dans nos vies que ces groupements sont désormais incités à se transformer en de véritables organes de pression afin que leurs membres obtiennent toujours plus d’avantages. C’est donc bien plus le comportement de l’Etat, à la fois parce qu’il s’est octroyé le monopole de la distribution des privilèges et parce qu’il n’a cessé, ces dernières années, de céder aux revendications de la rue, qui est à l’origine de cet embrasement communautariste et qui mérite d’être dénoncé.

 Etre libéral aujourd’hui, c’est donc prendre conscience que les maux de nos sociétés ne sont pas réduits mais aggravés par l’intervention des pouvoirs publics, même lorsque cette dernière est fondée sur des objectifs louables et sur un discours rassurant. C’est aussi avoir compris que la prospérité et la civilisation proviennent avant tout du respect de la liberté individuelle et que cette dernière n’a bien entendu rien à voir avec la loi du plus fort.

 Par Mathieu Laine est avocat, chargé d’enseignement à l’Université Panthéon-Assas (Paris II) et délégué général de l’Institut Turgot.

 et Yorick de Mombynes est magistrat, maître de conférence d’économie à l’IEP de Paris et animateur de l’Institut Turgot.

 


 

[1] Le Monde du 5 juillet 2004

[2] R. Boudon, Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, 2004.

[3] OCDE. Perspectives économiques de l’OCDE, n°75, juin 2004.

[4] Conseil d’Etat, La publication et l’entrée en vigueur des lois et de certains actes administratifs, 2001.

[5] Observatoire de la dépense publique, Rapport annuel, 2003.




et ceci vient du figaro, j'attends vos avis sur le sujet.
 
 
 
 
Libéral est, aujourd'hui, un mot dangereux. Pour certains, c'est presque une insulte, et la connotation en est toujours défavorable. Qui dit libéral dit conservateur, sinon réactionnaire, ennemi de la veuve et de l'orphelin, adversaire déclaré du prolétaire et partisan fervent de la loi de la jungle. Bref, un homme se baignant avec ravissement dans les eaux tumultueuses de ce que Marx appelait les calculs égoïstes, un fervent défenseur du laisser faire et du laisser passer, une sorte de libertaire du marché qui donnerait, au nom de l'harmonie des intérêts, toute latitude, toute franchise, à l'entrepreneur pour aller, en marchant sur le ventre des autres hommes, au bout de ses desseins. L'ultralibéralisme économique, qui, comme en Chine, est souvent en contradiction avec le libéralisme politique, a défiguré le libéralisme qui fut d'abord, et reste, un humanisme, une morale et, presque, une philosophie.
 
Le libéral, selon le Littré, est généreux, large et tolérant, homme modéré, accueillant aux idées nouvelles et défenseur de la liberté de chacun. Ce libéral n'est plus de saison. Il l'était, au début du XIXe siècle, quand Madame de Staël et Benjamin Constant le tenaient sur les fonts baptismaux. C'était un fils lointain de Montesquieu et de Burke, un enfant des Lumières, et Napoléon, qui était tout sauf libéral, fit ce qui était en son pouvoir, toujours démesuré, pour qu'il ne grandisse pas. A la Restauration, pourtant, il triompha, et tout ce qui n'était pas ultra était, alors, plus ou moins libéral. Il en était de toutes sortes, des monarchistes, des républicains, des catholiques, des hommes de progrès et des hommes d'ordre. Tocqueville se sentait libéral et Guizot croyait l'être aussi.
 
Le libéralisme était, en ce temps-là, le libre droit, droit qui appelait des devoirs, donné aux hommes, donc aux citoyens, de regarder en face l'autorité sous toutes ses formes, de la juger, de la discuter, et même, parfois, de la restreindre et de la combattre. Non seulement l'autorité des gouvernants, mais aussi celle des groupes d'intérêts, des monopoles, des religions, qui forment de petits états dans l'Etat. Saper le principe d'autorité, c'est, dit-on, faire le lit de l'individualisme, tant abhorré d'Adolf Hitler et de Joseph Staline, et briser ainsi la cohésion sociale et la rassurante unanimité des esprits et des coeurs par quoi, si on se souvient du siècle dernier, commence l'esclavage. On s'est habitué à cette servitude. Et dire que l'Etat est au service des citoyens, et non pas les citoyens au service de l'Etat, nous surprend encore et nous effraie parfois. C'est une idée qui entre plus facilement dans la tête d'un Anglo-Saxon que dans la tête d'un Français.
 
Ainsi, le président de la République, car nous l'avons mandaté pour s'occuper de ce qui nous regarde, est-il notre serviteur comme l'est, ou devrait l'être, le moindre policier qui arpente la rue. Mais le pouvoir, fût-il modeste, enivre toujours, et il ne serait pas bon, il me semble, d'expliquer au policier qui nous interpelle qu'il est notre serviteur, et que nous le payons pour faire le métier qu'il fait. Il prendrait probablement mal la chose, car l'autorité, même déléguée, devient immédiatement la substance de l'homme à qui on la délègue. Il cesse d'être homme pour devenir la figuration de cette autorité.
 
Il y a là tout un jeu de grimaces que nous pouvons observer chaque jour, c'est un des mérites des anciens libéraux, qui tenaient au libre examen, d'en avoir démonté les rouages et de nous avoir prévenus que nous pourrions être, si nous n'y prenions garde, les dupes de cette comédie du prestige et de l'importance dont la politique est souvent le théâtre. Ils rêvaient d'une société qui serait un vaste lieu d'apaisement où chacun serait en sûreté et pourrait s'ébattre et coexister sans conflit, acceptant les libertés les plus contradictoires pour peu qu'elles n'empiètent pas les unes sur les autres. La liberté de l'homme était, ainsi, au coeur de toute vie privée ou publique, et lui était, en quelque sorte, consubstantielle. Supprimez cette liberté, il n'y a plus d'homme, car la liberté est sa raison d'être.
 
Cette pensée a hanté Alain, à la fois radical, spinoziste et libéral, qui estimait qu'il était toujours prudent de limiter, sinon de contrôler, l'autorité de l'homme sur l'homme, du gouvernant sur le gouverné, du juge sur le justiciable. Certains libéraux, dont Raymond Aron qu'Alain agaçait, lui reprochèrent sa trop grande méfiance à l'égard des pouvoirs, craignant qu'en s'opposant systématiquement à eux on finisse par les rendre fragiles et inopérants. C'est là une vieille querelle dont nous ne sommes pas encore sortis, car disposer de soi n'entraîne pas obligatoirement la liberté de disposer de l'Etat. On peut donc, sans inconséquence, être libéral sans être démocrate, comme on peut être libéral et trouver, dans le domaine économique, l'intervention de l'Etat juste et nécessaire.
 
Cette humble défense du libéralisme paraîtra bien courte, et un peu superficielle, mais il n'est question, ici, que de rendre à un mot mal compris et méprisé son poids, son sens, et un fragment de son histoire. Et de souligner, que, bien avant Marx, ce libéralisme, tant décrié, tel que le rêvaient Madame de Staël, Benjamin Constant ou Simonde de Sismondi, s'intéressait aux hommes plutôt qu'aux choses et ne considérait l'économie et ne justifiait le profit que dans leur rapport avec le bonheur et la dignité morale de l'homme. Belle utopie de trois Helvètes souvent négligés !

Le libéralisme serait-il donc, comme la pendule à coucou et la Croix-Rouge, une invention suisse ?

Publié dans Libéralisme

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