Le nucléaire aurait-elle une valeur écologique en Allemagne, via l'Europe et la réduction des CO2 dans le futur ?

Publié le par Alain Genestine

Les attaques se multiplient en Allemagne contre les objectifs gouvernementaux de réduction des émissions de CO2, que nombre d'industriels et de ténors politiques jugent impossibles à atteindre sans briser un tabou: renoncer à la sortie prévue de l'énergie nucléaire.

Angela Merkel a réuni mardi à Berlin une trentaine de personnalités (ministres, capitaines d'industries, associations) pour un sommet sur l'énergie dans une ambiance qualifiée poliment de "réaliste" par la chancelière lors d'une conférence de presse.

Elle a évoqué des "doutes" de "divergences" parmi les invités sur les objectifs de Berlin.

Mme Merkel a annoncé que le gouvernement adopterait un "grand nombre de mesures" pour renforcer les économies d'énergie avant la prochaine grande conférence internationale sur le climat, en Indonésie en décembre.

Centrale nucléaire de Cruas

L'accent devra être mis sur la cogénération (production combinée de chaleur et d'électricité), les économies d'énergie domestiques ou sur la production de voitures moins polluantes.

La chancelière a confié l'élaboration de ce paquet de mesures à un duo improbable: le ministre social-démocrate de l'Environnement Sigmar Gabriel, grand adversaire du nucléaire, et le ministre conservateur de l'Economie Michael Glos, au contraire partisan affiché de l'atome.

Ce duo illustre les divergences en Allemagne sur la sortie prévue du nucléaire, jugée par des industriels et des élus totalement intenable, à moins de sacrifier les ambitions écologiques du gouvernement.

L'Allemagne de Gerhard Schröder avait décidé en 1998 de ne pas remplacer les centrales nucléaires arrivant en fin de vie, pour sortir totalement du nucléaire à l'horizon 2020.

Cet abandon du nucléaire a été repris dans le "contrat" établi par les sociaux-démocrates et les conservateurs pour fonder la coalition gouvernementale dirigée par Angela Merkel. Laquelle se retrouve liée par cet objectif, malgré des réticences personnelles, jusqu'à la fin de la législature en 2009.

Malgré tout, un document publié par le gouvernement mardi à l'issue du sommet et résumant les "bases" de discussion, évoque divers scénarii possibles pour l'évolution énergétique de l'Allemagne, dont l'un prévoyant un maintien des centrales nucléaires.

Selon les scientifiques auteurs de ces hypothèses, un maintien du nucléaire serait la manière la moins coûteuse d'atteindre les objectifs du gouvernement.


http://www.etudes.ecp.fr/cours/c/TTM1/document/images/centrale.jpg

 

La simple évocation de cette possibilité dans un document officiel est lourde de sens.

Nombre d'élus ou d'industriels allemands jugent impossible, comme le veut Berlin, d'augmenter l'efficience énergétique de 3% par an ou de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'Allemagne de 40% d'ici 2020 (et par rapport à 1990) en renonçant à l'atome.

"La question décisive du nucléaire n'a pas été évoquée sérieusement aujourd'hui", a regretté au sortir du sommet le patron du géant de l'énergie EON, Wulf Bernotat.

"L'énergie nucléaire, libre de CO2, fait partie intégrante" de l'équilibre énergétique en Allemagne, "le meilleur d'Europe", a-t-il martelé, adoptant un ton menaçant: "Les coûts seront pour le citoyen" si le gouvernement poursuit sur sa voie.

Le patron du chimiste BASF, Jürgen Hambrecht, lui aussi de la partie, a déclaré: "Je ne crois pas en une politique qui fixe des objectifs d'une ambition démesurée.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) elle-même a conseillé à Berlin de laisser encore tourner ses centrales nucléaires.

http://www.greenpeace.org/raw/image_full/france/photosvideos/photos/greenpeace-en-europe-de-l-est


Les partisans de la sortie du nucléaire, tels l'organisation Greenpeace qui a manifesté contre l'atome mardi à l'entrée de la réunion, dénoncent au contraire la mauvaise foi des industriels, et appellent au développement à marche forcée des énergies renouvelables.

Publié dans Ecologie-Environnement

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