Liberté implique Responsabiité ?

Publié le par Alain Genestine

 

« L’engagement a-t-il encore un sens ? »
Comment préparer les jeunes générations au XXIème siècle



Intervention de Xavier GUILHOU




Ce que je vais vous dire en quelques minutes ne va sûrement pas vous plaire ! Plaire est bien le verbe à la mode, n’est ce pas. Il est celui d’une génération, celle des « trente piteuses », qui a vendu à sa jeunesse le plaisir et l’hédonisme comme clé de voute de l’existence. La précédente, celle des « trente glorieuses », avait offert le luxe de cette folie qui commence à nous coûter très cher et qui a « plombé l’avenir de notre jeunesse pour plusieurs décennies» (pour reprendre le titre de l’un des derniers numéros de l’Express).
Mais comme l’écrit Stendhal « Si vous voulez plaire infiniment aujourd’hui, il
faut vous résoudre à être ridicule dans vingt ans ».

C’est donc sur le champ de mes convictions que je vais vous convier et non sur celui des chimères ambiantes.

Juste avant de préparer mon intervention l’un d’entre vous m’a dit dans un couloir : « surtout ne les effraye pas ! ». Ce second verbe, aussi à la mode, m’a interpellé. Les responsables que nous sommes auraient-ils peur ? Il est un fait que cette génération, dont je viens de parler et qui a été fortement marquée par les préceptes libertaires de 68, a posé comme finalité de vie : le « risque zéro », le « zéro mort », la « qualité totale », le « développement durable », le « commerce équitable », que sais-je ? Tout doit être lissé, aplani, sans aspérité. Rien ne doit déranger. Tout doit rentrer dans de bonnes moyennes, des normes bien certifiées afin de pouvoir jouir enfin de la vie.
C’est amusant de voir une génération qui n’a eu de cesse de détruire l’autorité et l’ordre d’être aussi obsédée par les risques inhérents à la vie. Tous les ans nous inventons un nouvel oxymore pour nous donner une nouvelle raison d’être en le finançant à crédit. Le dernier à la mode étant « l’égalité des chances », comme si la chance pouvait être égalitaire. Si tel était le cas, nous le saurions depuis longtemps.

Tout ceci n’a pas de sens et notre jeunesse se rend compte de plus en plus des limites de ces impostures. Notre société vit désormais sous cette emprise de la philosophie de la peur et de l’angoisse.
Pour sublimer cette pathologie collective, nos élites ont même érigé le fameux « principe de précaution » comme nouvelle clé de voute de notre coexistence.
Comment inciter les jeunes générations à plus d’audace quand ceux qui sont aux commandes « pètent de trouille » et confinent leurs enfants dans un cocooning totalement décalé avec la réalité de la vie!
Ne nous étonnons pas que les jeunes dans cette ambiance surréaliste fassent plus confiance à leurs « tribus», la plupart du temps virtuelles (comme l’a très clairement exposé Michel Maffesolli lors des premières rencontres des auditeurs en 2004, face à un auditoire récalcitrant) qu’à une société anxiogène,
égoïste et un tantinet schizophrène. Je ne parle pas de leur attitude de défiance vis-à-vis des modèles transnationaux bureaucratiques et dénués de tout rêve. Cela explique sûrement le succès parallèle des organisations caritatives et non gouvernementales sur le champ de l’humanitaire en l’absence de véritables projets politiques au sein de nos sociétés. Cela explique aussi le résultat - à priori surprenant - des jeunes au référendum sur la constitution européenne.

Un autre camarade, fortement attaché à la légitimité d’un certain nombre d’institutions, m’a aussi précisé : « parle de tout sauf de l’éducation nationale, de l’université, de l’intégration…Je connais ton opinion, c’est vrai que cela ne va pas très bien, mais je t’en prie ne touche pas à ces « domaines sacrés », ne mets pas le bazar, ce sont des sujets tabous! ».
Incroyable ! La même génération impose le déni de réalité et s’enferme dans un autisme préoccupant. Pourtant l’audit est largement fait et les français savent depuis longtemps à quoi s’en tenir La jeunesse sait très bien elle aussi que nos modèles éducatifs sont actuellement en faillite. Ils sont à l’image du pays. Depuis une bonne décennie les meilleurs d’entre eux vont chercher à l’étranger les qualifications, les diplômes et les ouvertures que nous ne sommes plus capables de leur offrir.

Certains vont les chercher aussi de plus en plus dans la rue, tant notre modèle d’intégration a échoué. Ce n’est pas faute d’avoir injecté des moyens dans les dispositifs en question et comme l’a dit un Président de la République : « Pourtant on a tout essayé ! ». Je crains que nous ayons sur tous ces sujets un
vrai problème de méthode !

Il faut plaire, il ne faut pas effrayer, il ne faut pas bouger: voilà notre véritable handicap vis-à-vis des jeunes générations.

Notre pays compte parmi les plus riches de la planète et même si nous sommes en quasi implosion, il nous reste encore des moyens et des capacités pour réagir. Mais je suis désolé nous avons un problème de base qu’il va falloir surmonter si nous voulons mieux préparer les jeunes générations aux défis qui se présentent à l’horizon. Nous n’avons rien compris aux nouvelles grammaires qui sont en train d’émerger. Elles conditionnent de nouvelles règles du jeu partout et de nouveaux rapports de force à tous les niveaux. Beaucoup pensaient voir émerger un monde où l’égalitarisme, le partage des ressources, la paix, les loisirs, allaient enfin être accessibles et partagés par tout le monde.

En fait les jeunes générations sont confrontées à autre chose de totalement inconcevable pour les générations au pouvoir. Le monde dans lequel elles entrent est marqué par des ruptures sans précédents avec des mutations gigantesques sur tous les fronts. Le monde est en train de changer à très grande vitesse et nous vendons à notre jeunesse l’illusion que le monde va revenir dans l’épure parfaite et vertueuse de celui « d’Amélie Poulain », des « choristes » ou voire des « indigènes », ce qui nous permettrait de régler nos frustrations vis-à-vis de l’histoire. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit, l’histoire est en train de s’écrire ailleurs et sans nous.

Elle ne sera pas indulgente et les nouveaux entrants ne vont pas attendre que nous ayons fini notre psychothérapie collective.
Notre véritable handicap tient dans le fait que nous avons perdu le sens de l’ambition et de la clairvoyance nécessaires aux grands peuples, nous vendons aux jeunes générations l’angélisme et la lâcheté des médiocres. Il ne faut pas s’étonner s’ils nous produisent, en marge des difficultés bien connues du chômage, des incivilités, de la drogue…, des phénomènes de catharsis violents et désespérés comme ceux que nous venons de connaître, hier avec les manifestations du CPE et surtout celles des banlieues de novembre 2005, dont les braises sont loin d’être éteintes. Denis Jeambar et Jacqueline Remy ont finalement bien raison quand ils affirment dans leur dernier livre « nos enfants nous haïront » ; Le monde qui émerge n’est pas celui dont vous avez rêvé, mais c’est celui qu’ils vont avoir à prendre en compte.
De quel cahier des charges parlons-nous pour les prochaines décennies ? D’un quasi doublement de la population mondiale sur le prochain demi-siècle (de 6 à 10 milliards entre 2000 et 2050). Les protocoles d’organisation, de communication et de coexistence qui se mettent en place sont déjà radicalement différents de ceux des précédentes générations. Ils vont vivre une rupture qui pour la plupart des experts est similaire à celledu néolithique et en très peu de temps. Nous avons tout juste réussi à maîtriser avec les modèles d’organisation de masse (taylorisme, démocratie, consumérisme) un doublement de cette population en un siècle (progression de 3 à 6 milliards sur
l’ensemble du XXème siècle). Or la plupart de ces modèles dits démocratiques, pyramidaux et hiérarchiques sont aujourd’hui quasiment obsolètes. Ce sont des jeunes à Bangalore, en Californie, à Sao Paulo…qui inventent les modèles de demain.
Ils fonctionnent en réseaux sur des protocoles que certains comme Joel de Rosnay qualifient de « symbiotique ». La création de « sens » devient pour eux la nouvelle valeur ajoutée du monde de demain. Pour y arriver, ils fonctionnent en communautés ingénieuses autour de noeuds de compétences et de partage de la connaissance.
Ces dynamiques n’ont rien à voir avec notre vision colbertiste et centralisatrice des pôles de compétitivité….et encore moins avec notre « création de valeur financière et manufacturière » d’hier.

Par ailleurs cette croissance démographique ne se produit plus en Europe comme au siècle des lumières. Aujourd’hui l’Europe ne fabrique plus que des vieux. Cette révolution démographique se déroule essentiellement sur les rives du Pacifique et de l’Océan Indien, générant de fait un spectaculaire déplacement des centres de gravité de toute l’activité politique et économique mondiale de l’Atlantique nord vers cette nouvelle Méditerranée du monde qui est à l’opposé de nos modèles de vie. Nous ne pouvons plus dire à nos jeunes que nous sommes au centre du monde. Cette affirmation liée à 4 siècles de maîtrise du vieil occident est désormais forclose.
Nous sommes confrontés à un rapide déclassement tant en terme de géocentrisme que de leadership sur le plan stratégique.
Cela signifie qu’il va falloir apprendre non plus à profiter de nos dividendes de la paix et du progrès (comme c’est encore le cas dans la plupart de nos grandes écoles) mais à se confronter à des situations de plus en plus asymétriques et déséquilibrées.

Les jeunes qui entrent dans la vie active sont surpris de la fin de la parité dans les rapports de force actuels et ce quel que soit le domaine. Ils sont paniqués à l’idée qu’il faut qu’ils apprennent à se battre à un contre dix. Même si intellectuellement ils ont tout compris à la mondialisation, ils se sentent profondément démunis face aux réalités qu’ils ont à assumer, que ce soit dans le monde des affaires face au chinois, à l’indien dont il n’est plus question de sous-estimer les talents. Mais aussi face à l’islamiste de service ou le migrant
africain ou mexicain qui sont prêts à tout, jusqu’au sacrifice suprême soit pour affirmer leur identité, soit pour manger.
Avons-nous bien compris que la moyenne d’âge de 80% de la population mondiale est de moins de 25 ans (quand chez nous elle est de 47 ans). Nos enfants n’ont pas idée du niveau de combativité, de pugnacité, de volonté qui est en train d’émerger sur les autres continents. Nous leur avons vendu des modèles de vie où « la prospérité est au coin de la rue », où l’oisiveté, l’indolence, la gratuité et la sécurité sont des acquis.

En aucun cas nous ne les avons préparé à la confrontation avec le jeune polonais, pour ne pas aller chercher top loin et trop compliqué, qui sort de 50 ans de totalitarisme et qui a « faim ».
Lui a compris qu’il pouvait sans attendre ramasser le pouvoir, s’enrichir et jouer un rôle. Pour lui l’histoire sera indulgente car il a l’intention de l’écrire. Le problème est qu’il n’est pas le seul ! La véritable concurrence pour nos jeunes est de cet ordre. Nous ne leur avons pas facilité les choses avec un processus de formation trop idéologique et théorique, un accompagnement éducatif absolument pas pragmatique, et un bilan socio-économique particulièrement catastrophique avec des passifs monstrueux pour démarrer dans l’existence.

La véritable question qui se pose aujourd’hui est : Comment faire pour redresser la situation et mieux les préparer aux enjeux de demain.
Pour cela il faut changer radicalement de méthode et leur apprendre « à pêcher le poisson plutôt que de continuer à leur en donner». Cela signifie qu’au déni de réalité permanent il va falloir opposer le travail de lucidité. Mais il faudra aller encore plus loin et ne pas se contenter de clarifier les choses de la vie. Il faudra aussi mettre un peu plus de profondeur dans ce « savoir être » qui fait tant défaut aujourd’hui et sans lequel nos jeunes ne pourront pas être à la hauteur des enjeux tant locaux que globaux. Pour cela il va falloir les endurcir et leur faire travailler leur « force de caractère », mais il faudra aussi les « durcir » et affiner leur « force d’âme ». Pour que ces deux dynamiques trouvent leur pleine expression, il faudra privilégier la pédagogie de l’action et de la prise de risque à celle de la théorisation et de la précaution actuelle.

Je comprends que mes propos puissent terroriser ceux qui privilégient d’abord des « têtes bien pleines » même si elles vous produisent à l’arrivée des catastrophes, elles l’auront fait au moins dans le respect des normes et des bonnes moyennes. Je suis désolé mais ce n’est pas de cela dont nous avons besoin et encore moins nos jeunes.

A cette politique qui fabrique de plus en plus d’irresponsables ou au pire de décideurs qui ne veulent plus prendre de responsabilités, j’oppose cette phrase de Benjamin Franklin que j’aime beaucoup et qui a toujours guidé ma relation avec les jeunes : « Tu me dis, j’oublie ; tu m’enseignes, je me souviens ; tu m’impliques, j’apprends ».Ma conviction est qu’il faut sans attendre travailler cette « force de caractère » et cette « force d’âme » pour qu’ils puissent faire face aux choses telles qu’elles sont et non pas telles que les nostalgiques d’un passé révolu les souhaitent. Il faut les aider à redresser la tête et leur réapprendre à marcher face à un monde qui devient de plus en plus impitoyable.

Cela signifie quoi ?
Pour la « force de caractère » nous devons leur redonner de la vitalité et de la pugnacité. Face aux réalités il faut les faire travailler beaucoup plus sur le champ de l’intuition que sur celui d’une rationalité trop bien finie. Cela suppose de mettre l’accent beaucoup plus sur le questionnement et l’esprit critique que sur les processus et les solutions. Face aux mutations en cours il faut les encourager à renouer avec le mouvement et l’action sur le terrain plutôt que d’attendre tout de modèles théoriques. Face aux ruptures sécuritaires, économiques, technologiques il faut leur faire comprendre que seule la vitesse
est leur clé de survivance face aux multiples concurrences qui émergent de partout plutôt que de les entretenir dans l’illusion des sempiternelles lignes Maginot que nos élites inventent ici avec le patriotisme économique, ou là avec les discours francofrançais sur « l’intelligence économique », « la citoyenneté » …
Arrêtons de leur raconter des histoires et de leur mentir. Ne les programmons pas pour une énième défaite, elle commence toujours dans les esprits quand la méthode est confuse et trompeuse.
Cessons d’être défensifs et plaintifs, renouons avec le goût de la victoire et redonnons-leur le sens de l’ambition.
Face à l’inconcevable qui émerge il faut privilégier l’imagination, l’audace, les décisions et surtout le sens des responsabilités.
Aujourd’hui, quelles que soient les bonnes intentions des cahiers des charges politiques, nous enseignons l’inverse et tuons systématiquement toute initiative ! Je suis désolé mais désormais il faut remettre l’action et le rêve au coeur de la formation et de l’accompagnement des jeunes générations. Il ne faut pas qu’elles aient peur de l’échec, bien au contraire, celui-ci est la meilleure pédagogie : « On ne progresse qu’à force de se tromper ». Cette culture de l’apprentissage du risque doit être au coeur du nouveau projet de société que nous devrions privilégier. Pour le moment nous en sommes loin.
Pour la « force d’âme » nous devons leur redonner une éducation humaniste et ouverte au monde.

Face aux défis qui les attendent il faut compte tenu des limites de l’expertise scientifique, des idéologies, des technologies les ouvrir à une meilleure connaissance des cultures et à cette éducation de la « centralité de l’autre » qui fait tant défaut aujourd’hui. Ma pratique de la vie internationale m’a appris à faire la différence entre la performance des « boîtes à outils » que l’on nous enseigne dans les écoles et dans les séminaires, et qui peuvent en effet aider à résoudre des problèmes techniques, et la nécessaire, si ce n’est indispensable, ouverture d’esprit qu’il faut sans cesse cultiver face aux autres cultures. Surtout quand on est confronté sur le terrain à des projets complexes ou des défis à priori impensables.

La plupart des approches positivistes ne répondent pas en effet aux questions d’identité, aux mystères de l’existence, aux ruptures existentielles que nous vivons de plus en plus sur le terrain dans les rapports humains.
Certains me diront que cela ne concerne qu’une minorité contrainte d’affronter la mondialisation de nos économies et la globalisation de nos systèmes de vie. Là aussi je suis désolé, mais je vous dis non : Quand on est responsable d’une filiale, d’une association, d’une collectivité locale quelque part sur le territoire français ce sont les mêmes défis à surmonter lorsque l’on se trouve confronté à une banlieue difficile ou au rachat de ses actifs par un actionnaire asiatique. Il n’y a plus besoin de franchir les frontières pour se trouver impacté par les turbulences du monde. Chaque fois la règle des 80/20 s’inverse, ce ne sont plus les instruments qui priment mais l’humanité, la spiritualité, la proximité que l’on incarne qui fait la différence.
Qu’en est-il de l’apprentissage de ces disciplines dites « molles », de ces marques de considération et de respect entre les cultures, les religions, les philosophies ? Nous avons là un véritable déficit de vécu, de connaissance, de partage à remonter. Il nous faut sortir du nihilisme et du cynisme ambiant. Nietzche nous avait pourtant prévenus : « Si je suis le bien, le mal c’est l’autre ». Rester dans cette dialectique serait suicidaire pour notre jeunesse. Du reste elle en est consciente.

Un jour dans les rues de Paris j’ai vu sur un mur l’inscription suivante « Dieu est mort, signé Nietzche » sous laquelle quelqu’un avait ajouté : « Nietzche est mort, signé Dieu ». Je crois en effet que ce début de XXIème siècle va nous obliger à renouer avec un nouvel humanisme qui passera par un approfondissement philosophique et spirituel. Sans ce complément d’humanité (au sens classique du terme) notre jeunesse n’aura pas toute la profondeur attendue pour assumer les grands rendez-vous qui se présentent à l’horizon.
Ne nous leurrons pas, ils n’auront pas affaire qu’à ces franchissements de seuil escomptés autour des nanotechnologies, de la biologie, de l’environnement, de l’énergie que sais-je et qui nécessitent en effet que notre recherche soit plus que jamais mobilisée. Ils auront aussi à assumer ce que leurs parents n’auront jamais connu à savoir le retour de la guerre, de ces grands désastres qui frappent de plus en plus durement des populations concentrées sur des zones à risques majeurs, de ces grandes épidémies, telles le SIDA, la grippe aviaire…, qui menacent de plus en plus nos prétentions prométhéennes et la quiétude de notre modernité.

Tous ces rendez-vous demandent autre chose que de l’angélisme et de l’indolence. Ils demandent des convictions et de l’engagement. Pour les rendre possibles il faut les rendre accessibles. Les médias ont dans ce domaine une responsabilité considérable. Ils peuvent faciliter cette ouverture au monde ou
au contraire poursuivre sur la voie de l’abrutissement et l’appauvrissement actuel des esprits. Pour les professionnels de l’écran plat, les choix sont encore possibles : Celui du voyeurisme et du populisme facile ou celui de la culture et du divertissement intelligent ? N’oublions pas que notre jeunesse passe entre 6 à 8 h par jour devant des écrans plats, qu’elle ne sait vivre qu’au milieu d’un bruit permanent et qu’elle ne perçoit les signaux du monde qu’au travers d’un filtre virtuel.

Chers amis, chers camarades, nous sommes à un moment crucial pour notre société. Soit nous choisissons de poursuivre dans la voie de l’hédonisme et de l’angélisme actuel pour satisfaire les rêves désormais dérisoires des « papy boomer », soit nous décidons d’opter à nouveau pour une société responsable, ambitieuse et volontariste. Dans le premier cas il faut savoir que nous prenons en otage les jeunes générations, que nous ne leur demanderons que de payer les factures sociales et fiscales. Dans ce cas il nous faudra être clairs avec elles car elles ne pourront pas satisfaire les exigences d’une population à majorité inactive et être aux rendez-vous de l’histoire. Elles en seront soit les victimes soit les exclus, mais sûrement pas les bénéficiaires comme leurs aïeux. Dans le second cas cela signifie que face au conflit de génération qui semble poindre à l’horizon nous décidons d’assumer nos erreurs et de mettre nos enfants en situation pour redresser le pays, rayonner à nouveau sur le plan international, inventer de nouvelles lignes d’horizon et cultiver d’autres formes d’espérance que celle du matérialisme actuel. Mais ce choix impose une rupture dans le pilotage de notre société.
N’oublions pas qu’elle vieillit et que la tendance est au repli sur soi plutôt qu’à l’aventure, à la jouissance de nos dividendes plutôt qu’à l’innovation, au déni de réalité plutôt qu’à la lucidité.

Les jeunes générations nous demandent l’inverse. Elles nous le crient parfois silencieusement, parfois de plus en plus fort et de plus en plus régulièrement, mais nous sommes emmurés dans un autisme qui devient de plus en plus aberrant et consternant.
Elles nous demandent aussi de leur faire confiance et de savoir les accompagner à bon escient. Il y a là un double défi pour notre société : celui de l’écoute réciproque et celui du respect.
Cette citation de Gottfried Benne ne peut que nous interpeler par son actualité : « On sait bien que les hommes n’ont pas d’âme, si seulement ils avaient un peu de tenue ».
Qu’attendons-nous pour sortir de notre égoïsme et nous engager à leurs côtés. Pourquoi exiger d’eux qu’ils s’engagent comme nous ne l’avons jamais fait pour eux ? Ils n’attendent que cela, que nous nous réveillons et que nous n’ayons enfin plus peur.
Pour y arriver il faudra passer par une remise à plat de nos modes éducatifs à tous les niveaux ? en commençant par l’échelon familial, sans oublier celui de la formation professionnelle qui accompagne l’ensemble de notre société bien au-delà l’école et l’université, qui mobilisent les débats politiques actuellement.
Tous ces niveaux devront permettre aux jeunes générations de s’endurcir pour faire face aux réalités et de se « durcir » pour sortir de l’angélisme actuel. Ils devront privilégier l’entraide à l’individualisme forcené en apprenant à travailler de façon plus intelligente en collectif et en réseau. Ils devront aussi réapprendre le respect mutuel afin de mieux connaître les limites et mieux appréhender les talents de l’autre. Ils devront surtout permettre à notre jeunesse de libérer son imagination et de recentrer ses convictions.

Retrouver le sens de l’audace et de l’engagement ne pourra véritablement se faire qu’à ce prix. Certes heureusement quelques-uns comme toujours incarnent ces valeurs, mais il faut aujourd’hui les faire partager par l’ensemble de la société.
Je crois que celle-ci est en attente et est prête à aller sur ces voies exigeantes et responsables. Il faut simplement face aux nouvelles grammaires du futur changer le paramétrage de notre façon de vivre et remettre un peu plus de « savoir-être » à tous les niveaux. Arrêtons donc de tricher avec la réalité et de
mentir aux jeunes. Cessons de jouer avec ces mots qui ont été trop entachés par des comportements ambigus et des actes délétères, comme celui d’exemplarité, de transparence et de solidarité… Essayons d’être tout simplement plus authentiques, sincères, et audacieux. Là est notre vrai défi pour les jeunes générations : c’est celui de la confiance et de la responsabilité
partagée. C’est aussi celui de la liberté ! Après tout, comme le dit Bernard Shaw : « Liberté implique responsabilité. C’est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent ».

Raisons de plus pour se battre dans ce sens et ne pas se tromper de priorités. 

Publié dans Jeunesse

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S
<br /> Sylvia Zetlin Je dirais plutôt "se prendre en charge". Des tas de personnes se sentent responsables de<br /> beaucoup de choses mais considèrent que c'est à l'Etat de gérer.<br />
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B
<br /> Bruno R. Ropsy Toujours, mais l'enseignement donne ne l'a plus explique !!!<br />
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T
<br /> " nous avons tout juste réussi à maîtriser avec les organisations de masse.........Un doublement de cette population en un siècle de 3 à 6 Milliards...etc "...Ah bon...Il trouve...On ne doit pas<br /> vivre sur la même planète, j'ai plutôt l'impression qu'on n'a pas maîtrisé grand chose...:)...Je trouve dans son exposé, beaucoup de contradictions qui se synthétise dans son couplet très convenu<br /> de la critique de la génération de mai 68 ou toute cette génération est mise dans le même sac, confort intellectuel sans doute qui, en tout cas c'est mon avis, fait passer à coté d'une analyse<br /> plus pertinente de ce qu'on appelle pudiquement les évènements de Mai 68....<br />
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D
<br /> <br /> Daniel Thureau Et pourquoi l'Europe, par exemple, a t elle un déficit démographique...?...Personne n'a empêché<br /> les Européens de faire des enfants.....<br /> <br /> A mon avis la faute en incombe aux multinationale du préservatif ou de la pilule...A moins que la faute en incombe à la société de consommation, on bouffe trop, on<br /> s'embourgeoise, les enfants deviennent une charge, des bêtes à consommer donc qui coûtent cher aux parents....etc, en un mot...La faute en revient à la société Marchande....:))))<br /> <br /> Je ne pense pas, malheureusement, qu'il n'y a que la politique a fabriquer des irresponsables....Les tords sont largement partagés, surtout en démocratie.....<br /> <br /> Et puis la notion de responsabilté, c'est la responsabilité individuelle, bien sur, vis à vis de soi même, mais c'est aussi, parce que l'homme est un animal social, la responsabilité vis à vis<br /> des autres, de la collectivité.....<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Daniel Thureau<br /> <br /> Excuses pour le terme un peu violent mais plus le temps passe et moins j'ai envi de faire dans la dentelle.....<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Un mouvement qui base sa stratégie sur la peur, la sécurité est vomitif...<br /> <br /> <br /> <br />
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