SOS Education: Les vraies causes du malaise des profs

Publié le par Alain Genestine

Malaise des profs, l'expression est devenue un pléonasme. Et dans une société qui cultive l'illusion que l'argent est la panacée, on s'imagine que tout irait mieux si les professeurs étaient mieux payés.

Ce serait beau si c'était vrai. Malheureusement, l'argent ne peut pas tout. Les « hussards noirs », qui enseignaient dans les campagnes durant la première moitié du 20e siècle gagnaient très mal leur vie, plus mal même que la plupart des paysans qui les entouraient. Mais ils n'étaient pas victimes en masse de « malaise », ni de dépression.

Si le monde enseignant est frappé de « lassitude, de démobilisation et d'aigreur », selon les termes du rapport qui vient d'être remis au ministre de l'Education par Xavier Darcos,Xavier Darcos le 19 mai 2007 au congrès de la Peep à Aix-les-Bains c'est parce que nos professeurs doivent faire cours à des élèves de plus en plus ignorants et insupportables. Et ça, c'est usant, déprimant.

Passer 15 ou 18 heures chaque semaine à s'égosiller devant une classe qui n'a que faire de ce que vous racontez. Motiver des élèves qui n'ont aucune des bases nécessaires pour comprendre le cours que le programme vous impose de faire. Tenir une classe de vingt-cinq adolescents de 16 à 19 ans, dont les trois quarts n'ont rien à faire sur les bancs de l'école, et devraient avoir commencé à apprendre un métier depuis des années déjà. Ça c'est déprimant.

Pour soigner le malaise des profs, l'Education nationale doit mieux enseigner les fondamentaux aux élèves. Elle ne doit plus laisser sortir du CP des élèves qui n'ont encore rien compris à la lecture et à l'écriture. Elle doit exiger une tenue, un langage, un comportement respectueux dès les toutes petites classes, et ne jamais relâcher la pression. Elle doit contrôler strictement le niveau des élèves à chaque étape décisive, CP, CE2, 6e, 4e et 2de. Elle doit soigneusement orienter les élèves, pour éviter que des centaines de milliers d'enfants s'engouffrent dans des voies sans issue.

Alors on s'apercevra que les professeurs, qui ne seront plus confrontés quotidiennement à la bêtise, l'absurdité, la méchanceté et le gaspillage, commenceront à redresser la tête.

Mais chercher une solution financière au « malaise des profs » est complètement insuffisant.

Beaucoup d'enseignants vivent en couple et bénéficient d'une double rémunération, tout en ayant des charges de garde d'enfants réduites, grâce à leurs horaires et à leurs seize semaines de vacances. Un couple d'enseignants certifiés de 32 ans émarge à 4600 euros nets par mois. Ce n'est pas royal, mais il n'y a pas de quoi déprimer...

Bien entendu, il faut reconnaître que les syndicats d'enseignants ont mené l'Education nationale dans une impasse budgétaire. A force d'obliger les gouvernements à renforcer systématiquement les effectifs, ils ont créé une bureaucratie de 1 350 000 fonctionnaires enseignants et non-enseignants, dont les traitements sont tous indexés sur la même grille. La moindre augmentation, aussi imperceptible soit-elle pour les bénéficiaires, entraîne un alourdissement colossal des dépenses globales, et rend problématique toute évolution.

Si l'on accorde cinquante euros par mois en plus à un enseignant, tous les autres y ont droit également, et cela coûte à la nation la bagatelle de 800 millions d'euros en plus par an, soit le budget nécessaire pour lancer la construction de trois nouveaux porte-avions nucléaires !elephant-du-ps-en-difficulte.jpg

C'est pourquoi le gigantisme de l'Education nationale porte en lui-même le germe de la destruction de l'école. A force de multiplier les postes et d'imposer un système de rémunération uniforme, il est devenu impossible de récompenser les professeurs qui le méritent. C'est là un facteur de découragement supplémentaire pour les bons professeurs, qui ont donc bien des raisons de ressentir un « malaise ».


Quelques trucs pour les instituteurs confrontés à la violence de leurs élèves: avec pédagogie et modération !

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41 % des directeurs d'école maternelle ou primaire estiment que le climat s'est dégradé dans leur établissement au cours des dernières années, et un quart d'entre eux qu'ils ont déjà atteint un seuil d'alerte justifiant la mise en place urgente de réponses adaptées à la violence, selon une enquête menée par le sociologue Georges Fotinos et publiée dans Le Climat des écoles primaires, perception ou réalité.

Face à ces phénomènes, les maîtres d'école se déclarent souvent impuissants. Voici quelques trucs mis en oeuvre par des instituteurs, et qui semblent avoir de bon résultats :

1) Demander aux élèves de les vouvoyer ;

2) Porter une tenue correcte (pas de T-shirts, pas de barbe de trois jours, pas de cheveux longs, de boucles d'oreilles ni de bagues voyantes pour les hommes, pas de tenues extravagantes pour les femmes) ;

3) exiger des élèves qu'ils proscrivent tout langage familier quand ils s'adressent aux instituteurs (sans parler bien sûr des gros mots, qui doivent aussi être interdits entre élèves, même dans la cour de récréation) ;jeunes.jpg

4) exiger des élèves qu'ils aient une tenue impeccable, aussi bien sur le plan vestimentaire que du comportement ;

5) organiser les classes non pas en salle de jeux mais en lieu de travail. En particulier, orienter toutes les tables dans le même sens, en direction du professeur qui, lui, fait face à la classe.

Il a été observé qu'il est plus facile de travailler à ce que les élèves respectent leurs camarades à partir du moment où ils respectent les adultes.

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