Logement : aux actes, président !

Publié le par Alain Genestine

Le logement a été l'un des thèmes essentiels de la campagne du nouveau président de la République. Les banlieues sont supposées faire l'objet d'« un plan Marshall », tandis qu'il convient d'oeuvrer à l'édification d'une « France de propriétaires ». L'engagement est inédit et salutaire. Le logement et surtout l'habitat, défini comme le regroupement des personnes en société, sont effectivement des priorités nationales tant les changements s'imposent. Les dossiers sont nombreux parce que le sujet est prioritaire pour les Français. Facteur d'intégration, lieu d'expression de la fracture sociale, aspiration patrimoniale commune à tous, le logement est un sujet humain et sociologique.

La candidate UMP dans la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, Nora Remadnia-Preziosi, en campagne le 21 mai 2007 à Marseille

Il y a urgence dans les banlieues, où la politique qui a conduit au désastre que l'on connaît a besoin d'une inflexion radicale. Le candidat UMP a annoncé qu'au-delà de l'indispensable réhabilitation du bâti, il fallait entreprendre une rénovation sociale et redonner de l'espérance. Qu'il se souvienne que le président précédent s'était fait élire sur le thème de la fracture sociale et qu'il a failli. Les inégalités entre la ville et les banlieues ont creusé le fossé entre les Français, en plein aveuglement collectif. La politique actuelle, où l'on applique la règle du 1 pour 1 (un appartement reconstruit pour un détruit) lors des destructions d'immeubles vétustes, a trop souvent engendré une perte de logements sociaux dans les opérations de rénovation parce qu'elle est théorique, pour ne pas dire absurde. Il faut pour l'avenir spécifier l'échelle de ces démolitions et le projet du maître d'ouvrage.

Dans son parcours, Nicolas Sarkozy a été maire d'une commune de 60.000 habitants et il apprécie la place du logement et la préfiguration de l'adresse : est-on condamné à résidence ? L'autre homme de terrain qui l'a rallié, Jean-Louis Borloo, mesure aussi, avec son expérience de maire de Valenciennes, le chemin à parcourir pour loger les différentes populations. D'ailleurs, il bataille toujours pour une maison à 100.000 euros, qui a fait l'objet de nombreuses participations architecturales et de controverses sur l'étalement urbain et la destruction du paysage. Ainsi, s'agissant de l'accès au logement et de la mise en situation des personnes attachées à leur lieu de résidence, tous deux savent qu'il y a beaucoup à faire. La modernité doctrinaire à l'origine des grands ensembles n'a pas porté ses fruits. D'autres modes de vie sont aujourd'hui en pourparlers. On a entendu le soir du 6 mai les jeunes regretter d'être prédestinés à ne pas réussir du fait de leur adresse de naissance. Après que tout a été fait pour maintenir des clientèles politiques dans les communes périphériques de la capitale, on voit le résultat d'une exclusion dont personne ne sait plus comment sortir. Il serait utile que le président nouveau entreprît de réorganiser la stratification sociale.

Le problème des formes urbaines reste un sujet à balancer entre l'histoire de la société française, qui s'est bâtie par une diversité des classes cohabitant dans le même immeuble et les politiques récentes qui ont construit des quartiers spécialisés. Spéculation sur le foncier, mercantilisme... De toute manière, il faut faire baisser le prix du logement social pour qu'il remplisse sa fonction : loger tous ceux qui ne peuvent accéder au logement par eux-mêmes dans des organisations urbaines qui favorisent l'émergence d'une identité et d'une atmosphère de vie commune.

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Le choix du prochain ministre en charge du logement et de l'habitat sera crucial, de même que l'intitulé et les attributions du ministère qui doit intégrer les collectivités locales et inclure tous les espaces urbains, périurbains et les petites communes rurales, celles-ci accueillant une part croissante des nouveaux ménages. Accroché aux Affaires sociales sous la houlette de Jean-Louis Borloo, le secrétariat d'Etat au Logement a pu se flatter, avec raison, de réalisations en hausse significative depuis deux ans. Mais les constructions n'ont pas toujours été effectuées là où il le fallait et pour les bonnes populations. Alors que les statistiques montrent que les mises en chantier diminuent depuis le début de cette année - toujours essentiellement soutenues par les défiscalisations Robien et Borloo -, les besoins de logements apparaissent plus importants en regard des dernières études. Le consensus porte sur un déficit de l'ordre de 1 million de résidences, tous genres confondus. Le chiffre de production annuelle de 500.000 unités serait indispensable pour répondre aux attentes actuellement exprimées, corriger la pénurie et, de facto, limiter la hausse des prix. Les faits démographiques et sociologiques porteront rapidement à 600.000 logements par an l'exigence de construction.

Tous les Français propriétaires : l'autre grand chantierqui va dans le sens des attentes des familles et pour lequel Nicolas Sarkozy doit mettre en place ce qu'il a annoncé. Il a affirmé vouloir favoriser l'acquisition de leur logement par les locataires HLM, une idée à ne pas abandonner en respectant les désirs et les possibilités des familles. Le sujet est compliqué et cette politique a connu jusqu'à présent un faible succès, avec à peine 5.000 ventes par an. Un bon locataire ne devient pas forcément un bon propriétaire. Il faut pouvoir assumer les charges d'entretien de l'immeuble après avoir acheté son appartement. Le programme présidentiel retient également la déductibilité des intérêts d'emprunt pour les accédants. Souhaitons que cette mesure qui coûte cher (4 à 5 milliards d'euros selon Xavier Bertrand, 2,5 milliards d'euros si on la limite aux primo-accédants et aux classes moyennes pour Marc-Philippe Daubresse, ancien ministre du Logement) ne se finance pas sur le dos du prêt à taux zéro. On peut le craindre dès lors qu'est aussi prévu un crédit d'impôt pour les ménages emprunteurs non imposables.

Le nouveau président s'est engagé à garantir l'accès au logement locatif du plus grand nombre en supprimant le dépôt de garantie et la caution, remplacés par une garantie publique. L'Etat devra également ouvrir aux Français malades ou trop âgés, laissés pour compte par les banques, l'accès à l'emprunt. Qu'adviendra-t-il des avantages fiscaux alloués aux classes aisées pour acquérir un bien locatif ? La promesse du bouclier fiscal abaissé de 60 à 50 % met en péril ces niches... qui portent en grande partie la production de logements, elle-même à l'origine de près de 30 % de la croissance en France, espérée, au vu des deux premiers trimestres 2007, à plus de 2,5 % cette année.

Fédérer les solidarités, recoller les morceaux en soignant les quartiers en difficulté et les populations fragiles, élargir l'accès à la propriété et faciliter le logement des jeunes générations : le plan Marshall à la française voulu par Nicolas Sarkozy doit, tenu par une obligation de résultat, impulser de grandes transformations.

ANNICK COLYBES est journaliste aux « Echos » acolybes@lesechos.fr

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