Le "rêve français" de Nicolas Sarkozy n'est pas suffisant

Publié le par Alain Genestine

 
Guy Millière

Philosophe, économiste, professeur d'histoire des idées et des cultures a Paris VIII

Participe aux travaux de plusieurs think tanks, dont l'American Enterprise Institute et la Hoover Institution. Spécialiste des États-Unis ou il enseigne également.



Bref récapitulatif avant le second tour de l’élection présidentielle. La France est un pays malade. Une majorité de la population perçoit la réalité du déclin économique, le lent délitement de la société, les dysfonctionnements de la justice, l’absence de pluralisme dans la quasi-totalité des débats concernant le futur, la montée de flux migratoires constitués de gens qui ne s’intègrent pas et, en parallèle, la fuite graduelle de ceux qui disposent d’un capital financier et intellectuel.

Étant malade, la France est transie par de multiples peurs et diverses phobies qui lui font regarder le futur avec angoisse : plus des deux tiers des gens, selon les sondages, pensent que demain risque fort d’être plus douloureux qu’aujourd’hui.belle-f--e.gif

La France est, dans ces conditions, en manque de repères et de moyens de comprendre le monde tel qu’il devient. Et le fait que les médias et les maisons d’éditions soient largement tenus par des gens issus de la gauche post-soixante-huitarde reconvertis dans le « politiquement correct » et par des nationalistes myopes ne contribue pas à ce qu’une ouverture des esprits se fasse : les sondages d’opinion le montrent encore, la France est le pays du monde développé le plus hostile au marché, à la mondialisation et aux biotechnologies.

C’est dans ce contexte global que la campagne électorale de ces dernières semaines s’est déroulée. Et c’est dans ce même contexte qu’elle se poursuit. L’extrême-gauche, bien qu’émiettée, n’est pas morte, et ses idées se disséminent chaque jour bien au-delà de ses forces électorales. L’extrême-droite n’est pas morte non plus, et s’est simplement fait confisquer provisoirement ses thématiques sécuritaires. Le centre s’est trouvé gonflé par le rêve impossible d’un surcroît de dynamisme conciliable avec le maintien des « avantages acquis ».

nicolas-col-roule.jpgNicolas Sarkozy tient un discours qui ne me semble que très partiellement pertinent : il est, à l’évidence, interventionniste, dirigiste, parfois autoritaire. Il parle moins comme celui qui veut libérer les énergies créatrices que comme celui qui veut « protéger ». Ses propos en matière de politique internationale le situeraient, aux États-Unis, à la gauche du parti démocrate. Mais je pense que, s’il veut être élu, il ne peut en dire davantage.
Je pense qu’il « fait avec » la situation française telle qu’elle est. Je pense que s’il allait plus loin dans la direction d’un discours de liberté, il perdrait une bonne partie de son électorat. Je pense aussi que Ségolène Royal, ce serait infiniment pire. Constituer une coalition qui irait de Besancenot à Bayrou est grotesque, et l’addition des éclopés, des affolés, des rances, des moisis, des dogmatiques, des immobiles et des lunatiques ne crée pas même le spectre d’une cohérence.

En termes économiques, Royal donnerait à la France le coup de grâce
,sego-gracieuse.jpg ses propositions en termes de nucléaire, de biotechnologies et d’environnement sont dignes des Khmers verts qui règnent à Paris, et sont à la science et au progrès ce que les propos de cartomancienne sont à l’astronomie ; dans le domaine international, son antiaméricanisme montre qu’elle appartient au camp de ceux qui se courbent devant le totalitarisme. Intellectuellement, les socialistes français sont moribonds. Bayrou semble se rapprocher d’eux pour ramasser les miettes et en faire un nouveau parti de gauche un peu moins ringard : je doute qu’il y parvienne.

Réhabiliter le travail, redonner de la flexibilité à l’économie française, commencer à rompre avec les frilosités ambiantes ne suffira pas. Nous ne retrouverons la croissance qu’en redonnant sa place pleine et entière à l’intelligence et à la création, en retissant des synergies non seulement avec l’Europe mais avec le monde occidental, cet ensemble de huit cents millions d’habitants répartis entre l’Europe et l’Amérique du Nord, en ouvrant les yeux sur la mondialisation, sur ce qui prend place en Chine et en Inde, les nouvelles puissances industrielles du XXIe siècle, et en regardant en face, les yeux ouverts, l’immense problème constitué par l’islam radical qui gangrène le monde musulman jusque dans les banlieues de Londres ou de Paris.
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Nicolas Sarkozy parle de « rêve français » : c’est une petite étape. Ou il en viendra à parler de « rêve occidental »
ou le « rêve français » qu’il évoque aura une existence brève et une fin médiocre ou tragique.

Publié dans Politique

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