Mai 68 peut-il faire tomber Sarkozy ?

Publié le par Alain Genestine

Propos d'Easywriter
Sur fond de polémique lancée par Nicolas Sarkozy dimanche à Bercy, "mai 68" a donc cristallisé la dernière ligne droite du second tour. Malgré les discours sur le renouveau et la modernité, cette campagne électorale se sera finalement surtout singularisée par sa capacité à regarder la France dans le retro.
On se dispute l'héritage de Jean Jaurès, on célèbre Jeanne d'Arc - et la candidate socialiste a trouvé dans son admiration de la pucelle la possibilité de faire des clins d'oeil discrets à l'électorat frontiste - tout le monde est gaulliste, et , dernier saut dans le temps donc, Nicolas Sarkozy défend l'école de Jules Ferry face à la décadence morale initiée par les soixante-huitards. Ce discours de la déshérence, largement réactionnaire, roule des pelles nauséabondes aux idées qui puent.
Certes la France de 2007 a du mal avec les papys-boomers nés après la guerre, notamment pour des raisons psycho-sociologiques : à près de 60 ans, ils sont toujours en bonne santé, trustent toutes les responsabilités et baisent des gamines de 25 ans. Honnêtement je caricature à peine le procès fait à une génération qui empêche à sa descendance de tuer le père par excès de "coolitude".
Il y a aussi des raison plus sérieuses et politiques : dans l'héritage impossible, le sociologue Jean-Pierre Le Goff indique que l'excès de confiance dans l'autonomie de l'individu et le rejet un peu bête de toute forme d'institution au profit d'une bien inopérante et assez nihiliste rhétorique révolutionnaire qui voulant tout transformer se condamna à ne rien changer du tout et se perdit dans le fantasme libertaire absolu ( parenthèse : sur cette question lire notre dossier sur le mythe de la contre-culture ).
Mais attribuant à une idéologie quadragénaire la responsabilité de tous nos maux, Sarkozy commet une erreur tactique : D'abord, sa diatribe peut apparaître comme un fulgurant concentré d'idéologie - le rejet de la mobilisation sociale et de la reconnaissance syndicale, de l'augmentation des salaires, de l'émancipation des moeurs. Dans un pays imprégné d'une forte mythologie de la contestation populaire, insulter l'un des derniers événements de lutte sociale n'est pas si malin qu'il n'y parait.
Même De Gaulle reconnut que la gestion strictement policière de l'événement avait inutilement durci ce qui était avant-tout une demande d'ouverture et de participation de l'ensemble du corps social. Le candidat de l'UMP campe donc bêtement sur une position de gros flic moralisant et pas libéral pour un sou.
Du coup Ségolène Royal, qui prône une large ouverture ( tu m'étonnes...) la participation,  la réconciliation, retrouve un second souffle inespéré de fraicheur. Rappelant les acquis sociaux de mai 68 et l'extension des droits de la femme qui s'en suivit, la candidate socialiste peut lier aisément le passé libertaire de l'aile gauche de son camp et de ses soutiens, après avoir depuis plusieurs jours fait des appels du pied aux centristes.
Et c'est Sarkozy qui lui permet de pratiquer le grand écart. Se posant héritière - un peu abusivement - d'un souffle libertaire et progressiste dont la menace qu'il pourrait représenter dans l'esprit de certains a largement disparu et d'une ouverture réaliste aux idées différentes mais compatibles, Royal apparaît plus moderne qu'elle ne l'est. Il est interdit d'interdire disait-on alors, vive l'ordre juste répond-on aujourd'hui. Il vous appartient si ça vous chante d'y voir une forme de progrès...

Publié dans Liberté individuelle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article