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Publié le par Alain Genestine

Le violoncelliste et chef d'orchestre russe Mstislav Rostropovitch est mort





Mstislav Rostropovitch restera dans l'histoire comme un défenseur de la liberté et un virtuose qui a marqué le paysage musical international par ses interprétations d'œuvres contemporaines et du répertoire. "Rostropovitch est mort aujourd'hui dans un hôpital de Moscou des suites d'une longue maladie", a déclaré, vendredi 27 avril, un membre de l'entourage du musicien cité par Itar-Tass.

 
Né le 27 mars 1927 à Bakou, en Azerbaïdjan, le futur violoncelliste commence précocement l'étude du piano puis celle du violoncelle
avant d'entrer au conservatoire de Moscou, où il suivra l'enseignement de Chostakovitch. Remportant de prestigieux concours internationaux (Prague 1947, Budapest 1949), il est distingué comme gloire nationale (Prix Staline en 1951 et 1953, prix Lénine en 1964) puis comme "Artiste du peuple de l'URSS" en 1966.

HOMME DE CONVICTIONS

Musicien honoré, il est également un homme de convictions. Ami fidèle de deux compositeurs critiqués par Staline – Prokofiev et Chostakovitch –, il accueille chez lui l'écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne en septembre 1970, et n'hésite pas à défendre sa cause dans une lettre ouverte qui provoquera sa disgrâce. Contraint à l'exil en Occident en 1974, il est déchu de la nationalité soviétique le 15 mai 1978. Il ne reviendra dans son pays, en compagnie de son épouse, la soprano Galina Vichnievskaïa, que dix ans plus tard. Il retrouve sa nationalité en 1990. En novembre 1989, "Slava" célèbre la chute du Mur de Berlin en improvisant sur place un concert dans une atmosphère de liesse et de recueillement.

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Le violoncelliste Mstislav Rostropovich était aussi chef d'orchestre, comme ici en 2002 à Londres. | AP/STEPHEN CHERNIN

 

Violoncelliste, il s'affirme aussi comme interprète, chef d'orchestre et enseignant. Il dirige l'Orchestre symphonique national de Washington de 1977 à 1994 et donne son nom à un concours international de violoncelle à Paris. Il a défendu aussi bien des œuvres issues du patrimoine musical russe que la musique de son temps (Britten, Chostakovitch, Dutilleux, Xenakis...). Le musicien avait fêté ses 80 ans en mars au Kremlin en présence du président Vladimir Poutine et de quelque 500 invités.

le Monde,

 

Le violoncelliste a toujours été fidèle à ses amis victimes des vexations et des purges. Excédé par son appui au romancier Alexandre Soljenitsyne, le pouvoir finit par l’expulser d’URSS en 1974.

 
LE 9 NOVEMBRE 1989, aux toutes premières heures de la chute du mur de Berlin, Mstislav Rostropovich, assis sur une chaise contre un pan du mur de Berlin, joue une Sonate de Bach. L’image transmise par les télévisions internationales a fait de lui un des artisans de la lutte contre un monde qui s’effondrait et lui a valu d’être connu dans le monde entier, la scène ayant été filmée par des télévisions internationales. Mais l’action du violoncelliste en faveur de la démocratie et surtout pour la défense de ses amis persécutés ne date pas de cet instant immortalisé par la photo.

 
Rostropovitch a toujours montré une compassion active pour les victimes des purges. Ainsi, il a toujours défendu la famille et la mémoire de Sergueï Prokofiev, trop souvent accusé de collusion avec le pouvoir, tant l’image de compositeur officiel était colportée. On oublie souvent que l’écriture de Zdravitsa, ode aux 60 ans de Staline, et d’autres oeuvres « officielles », furent d’abord motivées par la prise en otage de Lina, sa première femme, et de leurs deux fils, en Sibérie. Rostropovitch a toujours défendu Prokofiev et Chostakovitch, même quand le pouvoir les avai t accusés de formal isme bourgeois, ce qui peut sembler aujourd’hui une plaisanterie, mais était à l’époque un arrêt de mort professionnel dans un premier temps. On oublie aussi que si d’autres ont pu bénéficier de la détente imposée par Krouchtchev pour racheter leur musique de propagande par de puissantes représentations musicales de la terreur, alors que Prokofiev mourut le 5 mars 1953, cinquante minutes avant son bourreau…
 
Cela eût pu être pire : la deuxième purge stalinienne le condamna publiquement et de fait le conduisit à la misère. Par chance, Rost ropovi tch força Tikhon Khrennikov, secrétaire général de l’Union des compositeurs, à fournir 5 000 roubles. C’était peut-être un témoignage de reconnaissance pour le compositeur qui lui avait écrit la Symphonie concertante, mais c’était surtout un acte rare et courageux dans une période où il était plus facile de tourner la tête. Le violoncelliste s’occupa également de terminer le Concertino pour violoncelle, laissé inachevé par le compositeur, pour en donner une exécution publique en 1960.
 
Mais c’est avec Chostakovitch qu’il a pu développer une amitié et une proximité qui ne se sont jamais démenties, malgré les rebuffades, les persécutions et les menaces qui ont marqué la vie du compositeur, partisan d’une conception démocratique du socialisme et défenseur des droits des juifs dans un État qui les bafouait. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Rostropovitch avait été évacué avec sa famille à Orenbourg dans l’Oural et même s’il n’avait pas le droit en 1943 de retourner à Moscou, Chebaline, le directeur du conservatoire, un ami de son père, a pu souvent l’y faire venir avec sa famille. Chebaline l’inscrivit au conservatoire de Moscou en violoncelle et en composition à l’âge de seize ans alors que le règlement exigeait que les élèves aient dix-huit ans.
 
Admirateur de Chostakovitch
 
Chostakovitch, au sommet de sa gloire, car il venait de composer sa Septième Symphonie pendant le siège de Leningrad, enseignait l’orchestration. Rostropovitch, qui rêvait de devenir son élève, a obtenu de pouvoir lui jouer un concerto pour piano qu’il avait composé. Sa prestation a plu à Chostakovitch et il est entré dans sa classe. L’érudition musicale extraordinaire du maître émerveillait son élève et leur relation s’est peu à peu muée en une véritable proximité, jouant souvent ensemble à quatre mains les symphonies de Mahler. Chostakovitch a accompagné les premières récompenses du jeune violoncelliste.
 
En décembre 1945, Rostropovitch a participé au premier grand concours d’après-guerre organisé en Union soviétique dont le jury était présidé par le grand compositeur et, à l’âge de dix-huit ans à peine et devant de très nombreux compétiteurs, il a remporté le premier prix de violoncelle. Chostakovitch a dédicacé à Rostropovitch ses deux Concertos pour violoncelle.
 
L’admiration de Rostropovitch pour son ancien professeur ne s’est jamais démentie. Il a acheté et fait rénover, à Saint-Pétersbourg, l’appartement dans lequel Chostakovitch a vécu de 1914 à 1934. Il y a réuni une grande quantité de documents et de souvenirs ayant appartenu au compositeur pour y créer un musée qui lui est consacré au numéro 9 de la rue Marat.
 
C’est la défense de Soljenitsyne qui valut finalement aux Rostropovitch leur disgrâce. Dès 1969, le couple Rostropovich-Vishnevskaya avait soutenu le romancier Alexandre Soljenitsyne, en lui permettant de vivre dans leur datcha en dehors de Moscou, mais aussi en écrivant, en 1970, une lettre ouverte à Brejnev protestant contre des restrictions soviétiques sur la liberté culturelle.
 
Ces actions eurent comme conséquence immédiate pour Rostropovich et Vishnevskaya l’annulation de leurs concerts et de tous leurs projets d’enregistrement, ainsi que de leurs voyages à l’étranger. Plus tard, en 1974, des visas de sortie leur sont accordés qui leur permettent d’entrer en exil, et quatre ans plus tard, ils sont démis de leur citoyenneté soviétique.
LE FIGARO


Russie

Décès du violoncelliste Rostropovitch
Le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch

Photo: AFP/Cristina QUICLER

Le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch

L'un des plus grands musiciens du siècle, le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch, s'est éteint vendredi dans un hôpital de Moscou.

Âgé de 80 ans, l'ancien dissident qui n'avait pu mettre fin à son exil qu'avec la chute du communisme, au début des années 90, luttait depuis plusieurs mois déjà contre un cancer du foie.

Après des études auprès des grands musiciens Dmitry Shostakovitch et Sergei Prokofiev, Rostropovitch s'est rapidement fait connaître comme l'un des plus grands virtuoses du violoncelle de l'histoire.

Toutefois, c'est surtout en tant que figure de proue de la dissidence au régime soviétique que Rostropovitch s'est fait connaître du grand public. En 1970, il fait publier dans le quotidien officiel soviétique Pravda une lettre dans laquelle il se range derrière l'écrivain et Nobel de littérature Alexander Soljenitsyne, alors en lutte ouverte contre le régime communiste.

Après cette lettre, les autorités retirent à Mstislav Rostropovitch le droit de diriger un orchestre, lui interdisent de voyager à l'extérieur du pays et l'empêchent de jouer dans le prestigieux orchestre moscovite du Bolchoï.

En 1974, il fuit l'Union soviétique en compagnie de sa femme et de ses deux filles et va s'installer aux États-Unis. Des années plus tard, il dira que la chose dont il est le plus fier, ce n'est pas d'être considéré comme l'un des plus grands musiciens de tous les temps, mais plutôt d'avoir eu le courage d'écrire sa lettre publiée dans la Pravda.

À l'annonce de ce décès, le président russe Vladimir Poutine a rendu hommage au musicien vendredi, qualifiant sa mort de « perte énorme » pour la culture russe.

Publié dans Culture

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