L' IMPEDIMENTA DU POUVOIR par LA STRATEGIE PERENNE DES IGNORANCES !

Publié le par Alain Genestine

Dans les cahiers de J. Garello,
retour sur les ignorances voulues de nos présidentiables

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LES DROITS DE L’HOMME

La Ligue des droits de l’homme a « noté » les candidats aux présidentielles sur les droits de l’homme. Nous n’allons pas lui reprocher, puisque nous avons fait pareil en notant les candidats sur leur libéralisme. Mais nous avons quelques doutes sur la méthode de la Ligue. Tout d’abord, elle a écarté d’emblée certains candidats, dont Philippe de VILLIERS et Jean-Marie LE PEN, exclus a priori sans avoir été interrogés. Sans doute la Ligue considère-elle qu’ils représentent un danger pour la démocratie plus grand que les communistes et autres trotskistes. Mais c’est un procédé bien étrange que de condamner quelqu’un sans l’entendre.

Ensuite, les résultats sont surprenants. En tête, avec 19,14 sur 20, Dominique VOYNET, puis Olivier BESANCENOT avec 19/20, Marie-George BUFFET, avec 18,86/20, José BOVE avec 15,71/20 : tous, on en conviendra aisément, de grands démocrates défenseurs des droits de l’homme. STALINE et TROTSKI auraient été premiers de la classe.

Elève médiocre, Ségolène ROYAL, avec 12,14/20, mauvais élève, François BAYROU avec 7,86/20 et cancre absolu, Nicolas SARKOZY, avec 0,57/20. Il est vrai que celui-ci n’ayant pas répondu, la Ligue s’est basée sur ses déclarations publiques.

Peut-être faut-il s’interroger sur ce que la Ligue appelle les droits de l’homme. Pour nous, ce sont les droits individuels, ceux que nous voulons voir confirmer dans la constitution et non les droits sociaux, les faux droits, les droits à. Pour la Ligue, c’est l’inverse. Ainsi on trouve pour elle dans les droits de l’homme la lutte contre les contrats de travail précaires, le rétablissement de l’égalité dans les quartiers et dans les zones rurales, la régularisation des parents d’enfants scolarisés, l’obligation pour les communes riches de construire des logements sociaux,, l’arrêt de la militarisation de la police, le droit de vote pour les élections locales pour les résidents étrangers, etc. Bref, les droits de l’homme socialiste, mais sûrement pas les droits de l’homme tout court.

Anecdote ? Evidemment non, car les médias s’en sont donnés à cœur joie et la Ligue a demandé de tenir compte de ces notes pour voter. Désinformation scandaleuse des Français en général et des jeunes en particulier. Rien sur les vrais droits de l’homme, du droit de propriété à la liberté scolaire, sans parler des libertés économiques, sûrement contraires aux droits de l’homme selon la Ligue ! A-t-on le droit de porter plainte pour désinformation et pour aveuglement idéologique ?


UNE SOCIETE LIBERALE

Qu’est-ce qu’une société libérale ? Cette question fondamentale aurait dû dominer la campagne, qui se serait ainsi focalisée sur un vrai choix de société.  Une question d’autant plus pertinente que les esprits sont confus et les mots  détournés de leur sens. Tantôt le libéralisme est assimilé au seul libéralisme économique (on parle alors volontiers d’ultralibéralisme, pour désigner une politique tout à fait banale chez la plupart de nos principaux partenaires). Tantôt on l’assimile au libéralisme philosophique, c'est-à-dire au relativisme (tout se vaut, donc il n’y a pas de vérité). Tantôt et surtout on l’assimile au laxisme des mœurs, au laisser-aller amoral et immoral. On emploie dans ce dernier cas libéralisme au sens américain de « gauchiste », « progressiste », comme tous les pétitionnaires de Hollywood : « détournement de libéralisme » dit Alain Laurent dans l’ouvrage couronné pour le Prix du Livre Libéral 2006.

Un nouvel exemple de confusion (ou de désinformation) est fourni par un article, au demeurant fort intéressant, sur l’Eglise belge, paru dans le Monde sous le titre « conflit au sein de l’Eglise belge sur l’attitude face à la société libérale ». Il y aurait ceux qui accepteraient, plus ou moins, les évolutions sociétales, propres à « la société libérale » et ceux qui, comme l’évêque de Namur, monseigneur LEONARD, possible futur primat de Belgique, critiquent ce que Le Monde appelle « la société libérale ». Mais voyons de plus près ce qu’a dit ce prélat.  

Il a affirmé qu’il « ne suffit pas qu’une loi soit votée par une procédure démocratique pour qu’elle se révèle éthiquement responsable et socialement correcte ». Voilà qui est en réalité profondément libéral : le droit n’est pas la loi et ce n’est pas parce que l’on est politiquement minoritaire que l’on a juridiquement tort. Encore faut-il que la loi corresponde aux droits fondamentaux des personnes : une loi démocratiquement votée qui déciderait de tuer une minorité ou de supprimer le droit de propriété n’est pas du droit, puisqu’elle va à l’encontre des droits intangibles de la personne humaine. Aucune majorité n’a le droit d‘abolir le droit naturel.

Mgr LEONARD avait ainsi condamné les irruptions du législateur dans des domaines qui appartiennent à la conscience et à la foi personnelles : la libéralisation de l’avortement, l’euthanasie, le mariage des homosexuels, l’adoption d‘enfants par les couples homosexuels, etc. Pour lui, « le parlement n’est pas maître des mots et n’a pas autorité sur le sens métaphysique et biologique de la sexualité ».

Le Monde en déduit que le prélat est hostile à la « société libérale » parce que celle-ci aurait pour caractéristique de  prendre en compte les évolutions « inéluctables ».

Est-ce vrai ? Le libéralisme permet-il n’importe quoi ? C’est là qu’il faut être clair . D’un côté, le libéralisme ne conduit pas à une morale d’Etat, à « un ordre moral ». C’est la conscience individuelle qui est première et la liberté responsable doit être la réponse la plus commune. C’est vrai en matière économique et sociale, mais c’est  vrai aussi pour les sujets de société. Saint THOMAS ne disait pas autre chose quand il affirmait qu’on « ne peut réprimer tout le mal qu’il y a dans le monde » : la morale va plus loin que ne le dit la loi. Liberté de choix et conscience personnelle sont donc les réponses libérales.

Mais de l’autre, une société libérale se doit de respecter, inconditionnellement, et de faire respecter, les droits fondamentaux de la personne humaine. Nous avons d’ailleurs demandé dans notre programme que ces droits individuels soient plus explicitement inscrits dans la constitution. Le libéralisme ne consiste donc pas à laisser les gens libres de choisir d’abolir la propriété privée, la liberté scolaire ou de détruire la vie, car ce sont autant de droits individuels fondamentaux que nul ne saurait remettre en cause dans un état de droit. Liberté des actes, dignité des personnes sont les deux piliers d’une société libérale ancrée dans une tradition éthique plurimillénaire, dans des valeurs de civilisation.

Il arrive simplement parfois que la loi soit amenée à fixer des limites à ne pas franchir. La politique n’est pas le paradis sur la terre, mais l’art du meilleur possible, tenant compte du réel et des faiblesses humaines. Mais c’est autre chose que d’assimiler société libérale d’une part au vote majoritaire sans limite, d’autre part au laxisme généralisé, au sens de la « société libérale avancée » chère à l’ancien président GISCARD D’ESTAING.

SECU : TOUJOURS ET ENCORE L’IGNORANCE !

Privatiser la sécu, comme nous le proposons, se heurte à tous les conservatismes de la classe politique. Le sujet est manifestement tabou. Il suffit de voir le tollé provoqué par le rapport de l’IGAS sur les dépassements d’honoraires et les honoraires libres ! On a également eu droit à une discussion surréaliste entre S.ROYAL et N.SARKOZY, la première accusant le second de vouloir privatiser la sécu, ce qui, malheureusement mais visiblement, n’était pas vrai.

Qu’avait en effet proposé N.SARKOZY ?  De faire payer aux assurés sociaux une franchise (modeste) sur les médicaments ou les visites médicales. Rien de plus. Cela a suffi pour que S.ROYAL se précipite pour signer la pétition de certains professionnels de santé contre la proposition SARKOZY de franchise sur les remboursements. Projet « dangereux » et « brutal ». « On ne réforme pas la France avec brutalité et certainement pas en faisant reculer l’égalité d’accès à la santé ». « La sécurité sociale est un des acquis du modèle social français, elle doit être préservée ». Bref, elle luttera contre « les tentatives de privatisation qui feront basculer des millions de Français vers la précarité radicale ».

Ces déclarations sont intéressantes, car elles marquent une méconnaissance absolue de ce que serait la privatisation. La privatisation, cela ne consiste pas à faire payer l’assuré, de sa poche, par un système automatique de franchise. Et cela n’a rien à voir avec la précarité. Pour comprendre ce qu’est la privatisation de la protection sociale il suffit d’observer le système suisse (dont nous avons parlé il y a peu, puisque les Suisses ont rejeté par referendum une tentative de créer un monopole de la sécu « à la française »).

La réforme libérale de la santé, qu’ignorent donc tous les candidats, cela consiste d’abord à rendre aux Français leur argent, avec le salaire complet. Les salariés touchent la totalité de la valeur de leur travail (leur brut plus ce qu’on appelle à tort « les charges patronales » (ce qui en moyenne doublera leur revenu net !). Avec cela, ils auront à s’assurer où ils veulent, pour leur retraite ou leur santé.

C’est le même principe que pour l’assurance automobile : il y a une obligation d’assurance (car sinon celui qui ne serait pas assuré ferait supporter sa charge par les autres), mais on s’assure où on veut et pour des modalités librement choisies. Certains disent que les plus pauvres ne pourront pas payer. C’est absurde, car ils paient maintenant -et très cher- la sécu et les sommes qui leur seraient ainsi rendues seraient gigantesques et en général suffisantes pour s’assurer. C’est d’autant plus vrai que la concurrence entre les différentes assurances santé ferait, comme toujours, baisser les tarifs.

De toutes façons, si quelqu’un ne pouvait pas payer son assurance (un chômeur par exemple), il pourrait bénéficier de chèques santé ou de systèmes équivalents de solidarité. Mais l’immense majorité pourrait payer. Ceux qui pensent le contraire n’ont pas regardé leur feuille de paie ni vu à combien s’élèvent les cotisations salariales et patronales : jamais un système privé ne coûterait aussi cher (pour un smicard une assurance santé privée lui ferait économiser entre 2à et 30 %, à prestations égales).

Alors que penser de la franchise, évoquée par SARKOZY et qui a mis en fureur ROYAL ? Elle n’a aucun sens comme mesure isolée (en conservant le monopole de la sécu), car cela revient à dire que la sécu coûte de plus en plus cher et rembourse de moins en moins. La franchise n’a de sens que dans un système concurrentiel et privé, où chacun choisit les modalités de ses remboursements : l’un pourra prendre une assurance garantissant tout à 100% (donc plus chère, car sans franchise), l’autre un système avec franchise, un autre encore un système ne couvrant que le gros risque (comme les opérations et hospitalisations) : ce sera la diversité et le libre choix de chacun : la liberté responsable enfin retrouvée.

Les électeurs n’ont pas eu à choisir dans ce domaine, car on leur a caché la vérité. On s’invective alors sur les détails (un euro de franchise par exemple), sans aborder le problème de fond, celui du monopole public. Et on explique aux Français que la privatisation (que personne hélas ne propose), c’est la précarité généralisée et la médecine à deux vitesses. Si les Français connaissaient les solutions libérales, ils n’hésiteraient pas.

L’IGNORANCE ECONOMIQUE S’APPREND AU LYCEE

Nous avons pu le constater encore une fois au cours de cette campagne : les hommes politiques ne comprennent rien à l’économie de marché. Le « libéral » Sarkozy nous a sorti le refrain connu de la « myopie du marché » (ce qui justifie que l’Etat planifie le futur).  Pourtant, on apprend l’économie au lycée (et même ensuite à l’ENA). Mais quelle économie apprend-on ? Nous avons déjà abordé cette question, mais notre confrère Valeurs Actuelles sous la plume de david VICTOROFF, reprend à son tour le sujet, à partir d’une enquête de Maxime AMIOT, justement intitulée « L’économie par les nuls. Une vision déformée de l’entreprise ».

Selon l’enquête, les manuels scolaires accordent peu de place à l’entreprise : 24 pages sur 429 dans la Bréal de terminale, 22 pages sur 383 dans le Nathan. Aucun chapitre dans le Magnard de terminale. Seule illustration dans le Bréal sur les stratégies internationales des entreprises : une manifestation contre les délocalisations. Et des caricatures brocardant les entrepreneurs.

On ne parle que des multinationales. Début du chapitre de Nathan, un exercice sur le thème « Qu’appelle-t-on délocalisation ? ». Plus généralement, c’est toute l’économie de marché qui est contestée. Dans le Bréal de première, on commence par citer l’économiste socialiste hongrois Karl POLANYI. Et on cite des civilisations -heureuses- qui n’obéissent pas à la loi de l’offre et de la demande et où « l’entraide prévaudra sur l’appât du gain ou la soif du profit ». Pour Hatier de première « la main invisible qui guide les forces du marché est surtout aveugle ; elle ne voit pas les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, l’effet de serre ».

Ennemi numéro un : les USA. Dans le Bréal, on apprend que la « politique ultralibérale de REAGAN » a généralisé « le dualisme entre les riches et les pauvres, mais aussi entre les grandes universités et un système scolaire délabré ; entre les hôpitaux ultramodernes et toute une infrastructure aussi coûteuse que dépassée » : bref une société à deux vitesses.

Heureusement, il y a l’Etat pour jouer le rôle central et remplir ces manuels. Selon le Bréal de première, les élèves doivent se demander « pourquoi les pannes du marché nécessitent l’intervention des pouvoirs publics ». Les entreprises, guidées par la seule rentabilité, ne peuvent remplir des missions d’intérêt général, encore moins s’occuper des services publics. Aucune critique sur le poids des impôts. On demande seulement pourquoi l’impôt sur le revenu est «  plus juste » que la TVA. Et on cite comme preuve Alternatives économiques pour montrer qu’avec les niches fiscales, le niveau d’impôt reste faible.

Bien sur, l’économie de marché est source d’inégalités de revenus, de patrimoines, d’accès aux soins, des sexes, etc. Le marché, vous dis-je, encore le marché. Seul responsable. Source suprême de toutes ces fantaisies : Alternatives économiques (membre fondateur d’ATTAC), cité 53 fois dans le Bréal de terminale. Auteurs favorisés, MARX, bien sûr, mais aussi BOURDIEU. On y trouve certes quelques classiques, mais rien sur HAYEK, FRIEDMAN ou BECKER. Très rarement TURGOT, SAY ou BASTIAT, quasiment ignorés.

La notion de classes -et de lutte des classes- est omniprésente. Les services à la personne sont assimilés dans le Hatier à « un retour des domestiques ». Les conflits sociaux sont mis en valeur, un tableau de la Grève au Creusot est mis en parallèle avec une manifestation de droit au logement à Neuilly…Tout est mélangé : femmes, antiracisme, mal-logés, chômeurs, exclus, étrangers, sans-papiers, homosexuels, etc. Tout est mis sur le même plan.

ATTAC est évidemment mis en valeur. Le mouvement antimondialisation à Seattle est un « succès du mouvement civique », article du Monde diplomatique à l’appui. Le Magnard met en évidence «  les effets pervers de la mondialisation », « responsable de la dégradation de l’environnement » et même « la mondialisation au service du crime ? ». Bref, c’est au point de David VICTOROFF se demande finalement : « Faut-il enseigner l’économie ? ». Avec les manuels scolaires qu’on leur donne, les jeunes finissent par s’intéresser aux idées de BESANCENOT, ils trouvent madame ROYAL bien timide et prennent SARKOZY ou BAYROU pour des ultralibéraux !

Publié dans Libéralisme

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