LA DETTE EN HERITAGE : LES JEUNES DIRONT MERCI

Publié le par Alain Genestine


Après les impôts, le SMIC, la politique économique de l’offre ou de la demande, l’indépendance de la Banque centrale européenne, la question de la dette constitue un autre enjeu économique de la campagne électorale. Et un sujet d’actualité, puisque l’INSEE vient d’indiquer à Eurostat que la dette publique française avait diminué. Cocorico. Le gouvernement se félicite de terminer ainsi son mandat en beauté. On peut avoir une lecture moins optimiste et considérer que l’actuel gouvernement donne en héritage à la prochaine majorité une dette explosive et que toute la classe politique depuis 30 ans transmet essentiellement à la génération suivante des dettes. La jeunesse peut dire merci.

 

1142 milliards d’euros, sans compter les retraites

La dette publique française diminue. Tel est le message qu’a souhaité délivrer, via l’INSEE, le gouvernement de Dominique de VILLEPIN. Qu’on en juge. La dette publique française s’élevait en 2005 à 66,2% du PIB. En 2006, ce chiffre est tombé à 63,9%. On peut relativiser ce recul. D’abord, en valeur absolue, la dette continue à progresser : elle est passée de 1 137 milliards d’euros à 1 142. Ce n’est qu’en pourcentage du PIB qu’elle recule. De toutes façons, on reste largement au dessus de la règle des 60% du PIB fixée par le traité de Maastricht.graphe-deficit-secu2020.png

Mettons ces résultats en perspective. Il y a dix ans, la dette était d’environ 700 milliards. En 2003, on était encore au dessous du taux actuel : 62,4% du PIB. La hausse est donc de 5 points depuis le début de la législature en 2002). Si ce chiffre s’est réduit en 2006, c’est en raison d’une hausse des prélèvements obligatoires et en particulier d’anticipations sur l’impôt sur le revenu. De telles mesures n’ont qu’un temps, car la hausse des impôts finit par réduire la croissance et la matière imposable, ce qui réduit les impôts et finalement aggrave la dette : ce n’est donc qu’un effet d’optique à court terme que nous observons. Mais il y a plus inquiétant, comme le rappellent les travaux de l’IREF (www.irefeurope.org) et le rapport PEBEREAU cette « dette publique » n’est que la partie visible de l’iceberg, car elle ne tient pas compte des retraites des fonctionnaires, non provisionnées. Avec elles, la dette serait sensiblement supérieure à 2 000 milliards. Même avec la version uniquement officielle de la dette (1 142 milliards), cela représente environ 19 000 euros par Français, soit 76 000 euros pour une famille avec deux enfants.bebe_dette.jpg

 

Les intérêts absorbent tout l’impôt sur le revenu

La comparaison avec la famille et les enfants est pertinente, car la dette (le capital emprunté) devra bien être remboursée un jour. Pour l’instant, on fait de la cavalerie et on finance le remboursement du capital par de nouveaux emprunts. Mais cela n’a qu’un temps. C’est bien la génération suivante qui paiera. Elle devra se serrer la ceinture pour rembourser les largesses de la génération précédente ou plutôt de sa classe politique. Et comme l’Etat emprunte actuellement jusqu’à 50 ans, les jeunes qui ont aujourd’hui 20 ans paieront encore nos dettes quand ils auront 70 ans, alors même que leurs retraites seront incertaines.

En attendant, il faut déjà payer les intérêts. Or à eux seuls (sans le remboursement du capital), ils représentent le second poste du budget, juste après l’Education Nationale et devant la défense. On peut affirmer que la totalité de l’impôt sur le revenu ne sert qu’à payer les intérêts de la dette. De plus, les sommes gigantesques qui sont empruntées chaque année par l’Etat créent un effet d’éviction : les dépenses publiques ainsi financées par l’épargne empêchent autant de dépenses privées (c'est-à-dire d’investissements productifs) d’avoir lieu : cela pèse sur la croissance française, qui se traîne à de bas niveaux faute d’investissements suffisants, puisque l’épargne sert avant tout à l’Etat.

Il fallait donc, depuis longtemps, réduire la dette publique. Cela n’a pas été fait. Que faudrait-il faire ? D’abord empêcher la dette de s’accroître. Pour cela, il faut rendre obligatoire le vote de tous les budgets publics en équilibre (rappelons qu’actuellement les dépenses de l’Etat dépassent de 20% les recettes). C’est une règle qu’il faut inscrire dans la constitution. Certains candidats proposent de voter un budget de fonctionnement en équilibre. C’est un premier pas positif. Mais même l’investissement public doit être financé par des recettes publiques et non par l’emprunt : tout le budget doit être en équilibre.

 

Privatiser pour réduire les dépenses publiques

Certains candidats proposent pour parvenir à ce but de réduire quelque peu les dépenses. C’est la bonne direction ; c’est mieux que de vouloir faire exploser les dépenses. Mais cela ne suffira pas. Il faut réduire drastiquement les dépenses publiques. C’est ainsi que la proposition de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant en retraite est trop timorée : il ne faut en remplacer aucun, comme l’ont fait de nombreux pays.

Certains candidats en déduisent qu’il n’est pas possible de baisser l’impôt, pour ne pas aggraver la dette. C’est un mauvais calcul. Plus l’impôt est élevé, moins il rapporte, car il détruit la matière imposable. Il faut donc baisser aussi l’impôt, faire de la France un paradis fiscal,  pour que la croissance reparte ; les finances publiques elles-mêmes s’en porteront mieux (Laffer).

Parallèlement, il faut réduire la source des dépenses publiques, c'est-à-dire la dimension du secteur public. Pour cela, il faut massivement privatiser, à commencer par la sécu, pour que les financements publics disparaissent, les services étant alors librement offerts par le secteur privé et financés par les clients qui en auront besoin. A long terme, un excédent budgétaire permettra d’éponger progressivement la dette accumulée.

Les candidats sont encore loin du compte. Certains veulent en remettre une couche, et accroître les dépenses publiques ; ils seraient obligés d’augmenter les impôts. D’autres envisagent au contraire une stabilisation des prélèvements. Mais personne ne propose un traitement libéral de la dette, pourtant adopté avec succès par plusieurs pays étrangers.

En attendant, les jeunes peuvent dire merci. Certains ont déjà fui le pays. 2_millions_de_francais_sont_deja_pa.jpgQue feront les autres ? Que font-ils aujourd’hui pour veiller à leur avenir ? Ils sont doublement anesthésiés : par le manque de connaissances hérité de l’Education Nationale, par les mensonges des gouvernants successifs. Aidons les jeunes à se former, s’informer et réagir.

 

Publié dans Travail et Economie

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L
Excellent post ! Très bien expliqué.<br /> Des propositions innovantes, qui décoiffent, mais qui sont très sensées :<br /> - ne remplacer aucun fonctionnaire partant à la retraite.<br /> - baisser les impôts, en maintenant un budget en équilibre.<br /> - privatiser massivement, à commencer par la sécu.<br /> <br /> Mais évidemment aucun des candidats n'oserait en parler :<br /> A croire qu'ils ont trop peur de gagner les élections...<br />  
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