Liberté de "Méd I TER", pour quand l'ouverture à la concurrence?

Publié le par Alain Genestine


Le dialogue du rail

Réunis par le Conseil régional, SNCF et usagers ont pu dialoguer autour d'améliorations urgentes à apporter sur la ligne ferroviaire du Médoc. Des engagements ont été pris.


Le dialogue du rail
Michel Knipper est directeur délégué aux TER (trains express régionaux) d'Aquitaine à la SNCF. Disons-le franchement, l'homme est doté d'un certain courage. Car jeudi dernier, à la salle des fêtes de Saint-Laurent-Médoc, ce n'était pas la sienne, de fête.
Le Conseil régional avait en effet organisé une réunion pour débattre, avec les usagers, des problèmes récurrents de la ligne Bordeaux-Le Verdon. Et pendant plus de deux heures d'horloge, la SNCF et son directeur régional délégué auront été les principales cibles de voyageurs bien décidés à être entendus. Dans le rôle de l'arbitre, penchant tout de même du côté du public, le Landais Jean-Louis Carrère, vice-président du Conseil régional, s'est efforcé de recadrer un débat qui, il faut l'admettre, est toujours resté courtois et qui a eu le mérite de déboucher sur des avancées saluées par tous.

> Tout part d'un constat. Quand on habite le Médoc, c'est vrai, utiliser le train pour aller travailler à Bordeaux n'est pas une sinécure. Les usagers sont quasi unanimes pour se plaindre de leur moyen de transport. Ils dénoncent, pêle-mêle, la vétusté et l'inconfort des rames récemment remises en service - les célèbres Z 5300, en bout de course, qui ont véhiculé depuis des années des millions de banlieusards parisiens -, les horaires de plus en plus aléatoires des liaisons - il y a vingt ans, on mettait, semble-t-il, 20 minutes de moins qu'aujourd'hui pour relier Bordeaux à Lesparre - et les retards quotidiens qui en découlent, l'insécurité qui commence à se faire jour, sous formes d'incivilités qui indisposent les voyageurs. secret-3.jpg
La situation est à ce point devenue intolérable qu'une association de défense des usagers s'est constituée. Méditer (Médoc initiatives TER), c'est son nom, était déjà présente, le 26 septembre 2005, à une première réunion de concertation avec les différents partenaires (Conseil régional, SNCF, Réseau ferré de France) pour présenter ses doléances et attendre des réponses. En six mois, les choses n'ont guère évolué. Sauf, admettent les voyageurs, la propreté des rames, qui sont désormais nettoyées le soir à Pauillac, Lesparre ou Le Verdon.
La SNCF, de son côté, a fait ses relevés d'horaires, qui, reconnaissons-le, ne sont guère flatteurs pour elle. On tourne péniblement autour de 60 à 70 % d'horaires respectés sur la ligne du Médoc (moins de 5 minutes de retard), alors que la moyenne régionale est de 92 %. " Oui, mais c'est que le Médoc est la ligne la plus compliquée à desservir ", tente de se justifier Jérôme Buhon, chargé de mission à RFF, déclenchant, comme on pouvait s'y attendre, les sifflets ironiques de la salle. La ligne médocaine est, en effet, la seule ligne à voie unique d'Aquitaine à venir se jeter sur le nœud ferroviaire de Bordeaux, une double contrainte qui fait chuter automatiquement de 10 % les objectifs de ponctualité.

> Et les Médocains, du coup, se demandent si on ne le fait pas un peu exprès. Si les autres lignes, celle d'Arcachon, par exemple, ont également droit à des trains à bout de souffle et des horaires élastiques. " C'est toujours pareil, tout pour les riches à Arcachon, rien pour les pauvres en Médoc ", lance dans la salle Bernard Prévot, le maire Socialiste de Lesparre, jamais à court d'une saillie clientéliste. " Arrêtez de nous sortir des statistiques qui ne correspondent pas aux faits, ajoute Bernard Guiraud, l'un des fers de lance de l'association Méditer, montrez plutôt que vous avez la volonté de faire changer les choses ".
Ces espoirs attendus par les voyageurs, ils viendront de la part de Jean-Louis Carrère. Le vice-président du Conseil régional est venu avec des billes. Il explique le jeu des chaises musicales que va connaître l'Aquitaine en matière de matériel ferroviaire. Les quatre premières rames dites " AGC " (autorails de grande capacité) d'une commande globale de dix-huit (budget global : 65 millions d'euros) sont attendues dans le courant de l'année en Aquitaine. Elles remplaceront donc d'autres rames, de type Z2, qui pourront à leur tour venir remplacer les Z 5300 honnies. " Fin 2007, il n'y aura plus aucune Z 5300 sur la ligne Bordeaux-Le Verdon ", promet Jean-Louis Carrère, qui annonce, dans la foulée, un programme de modernisation des gares en Médoc, avec un nouvel abri à Margaux pour le printemps 2006 et d'importants travaux de réfection à Lesparre en 2007. D'autres sujets tiennent à cœur aux usagers, comme le train de 16 h 53 (au départ de Bordeaux-Saint-Louis), qui ne circule pas l'été. Or, les Médocains ne sont pas tous en vacances à ce moment-là. bebe_dette.jpg

> Bref, il y a encore bien des sujets à débattre. L'occasion, pour Jean-Louis Carrère, de sortir sa botte secrète, la proposition de création d'un " comité de ligne Bordeaux-Le Verdon ", avec la présence, en son sein, de cinq à huit usagers. Un comité qui devrait se réunir pour la première fois en avril pour mettre à plat un maximum des problèmes rencontrés sur la ligne.
Pour quels résultats ? Michel Knipper, l'homme de la SNCF, n'a pas voulu prendre d'engagement en ce qui concerne les délais d'amélioration de la régularité. Mais les usagers de Méditer ont au moins admis la volonté affichée par les uns et les autres de prendre en compte leurs doléances. Reste maintenant au train de la concertation d'arriver à l'heure.

Jeudi 23 Mars 2006

Publié dans Médoc

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