Un vote pour sept différences, on Ecosse le chardon pour une rose ?

Publié le par AL de Bx

Les Ecossais sont en campagne électorale depuis une semaine pour le référendum sur l'indépendance de leur nation. Leurs différences avec leurs voisins du sud sont multiples et parfois surprenantes. Passage en revue.

 

1 et 2. L'histoire et la culture : moins insulaires, plus égalitaires

Les deux nations ont convolé ensemble assez récemment. Ce n'est qu'en 1707 que l'Écosse a accepté de s'unir à l'Angleterre. "Mais elle n'a jamais été assimilée, elle garde une autonomie plus forte que l'Irlande, souligne Keith Dixon, professeur honoraire à l'Université Lyon II, lui- même Ecossais. Les Ecossais gardent leur propre système juridique, plus proche du droit romain. Dieu aussi les sépare : ils sont presbytériens et non pas anglicans. "La religion a influencé leur système éducatif et sans doute contribué à leur tropisme égalitaire. "L'analphabétisme y a reculé plus vite qu'en Angleterre, en partie grâce aux écoles paroissiales", souligne le chercheur. La langue distingue également les deux nations.

L'anglais est la langue administrative et a longtemps été celle de la promotion sociale. Depuis quelques années, le vent tourne. "Les bourgeois écossais essaient aujourd'hui de garder l'accent qu'ils s'efforçaient de le dissimuler par le passé. Les écrivains écossais, tel James Kelman, écrivent dans un anglais assez différend de l'anglais standard", souligne Keith Dixon. Au quotidien, ils utilisent le dialecte écossais.

3. Les hommes : un petit peuple qui s'ouvre

5,3 millions d'habitants répartis sur 78 700 km2. Sur un territoire à peine deux fois plus grand, les Anglais (53 millions) et les Gallois (3 millions) réunis sont dix fois plus nombreux: 56 millions d'habitants au dernier recensement en 2011. La lande magnifiée par les plus célèbres des Ecossais, Sean Connery et son double James Bond, natif des Highlands est donc bien vide, d'autant plus que la population est surtout installée dans trois grandes agglomérations : Glasgow, Édimbourg et Aberdeen.

Pour autant, si elle choisissait de prendre le large, l'Écosse serait plus peuplée que l'Irlande (4,6 millions d'habitants), la Croatie (4,3), la Lituanie (2,9)... ou le Luxembourg (530 400) qui va très probablement donner un président à la Commission européenne. Longtemps terre d'émigration, à l'instar de l'Irlande, l'Écosse attire désormais de la population. Elle a gagné 300.000 habitants en vingt ans. Ces dernières années, les Polonais ont été, comme dans le reste du pays, les plus nombreux à venir s'y installer. "Les nationalistes écossais ne sont pas xénophobes, à la différence de plusieurs mouvements régionalistes européens", souligne Keith Dixon.

4. La politique : plus à gauche

"Jusque dans les années 1960, l'Écosse suit le reste du royaume uni dans ses mouvements de balancier entre conservateurs et travaillistes", observe Keith Dixon. La rupture avec Londres date des années Thatcher. L'Écosse bascule à gauche, mais pas encore vers l'indépendance. Avec la "Devolution" en 1998, une large autonomie, le Premier ministre Tony Blair (lui aussi écossais) pense couper l'herbe sous le pied des indépendantistes. L'Écosse a son propre Parlement et un exécutif indépendant. Erreur. S'il reste puissant au début des années 2000, le parti travailliste écossais se fait ravir la place de premier parti par les indépendantistes du Scottish national Parti (SNP) en 2007, avec 46 sièges contre 47, et prend la tête du gouvernement autonome. Aujourd'hui, la droite en est presque absente alors qu'elle règne en maître en Angleterre. Le contraste est encore plus saisissant depuis la récente percée de l'Ukip aux élections européennes du mois de mai.

5. Le modèle social : plus favorables à l'Etat providence

Les Ecossais sont attachés aux grandes conquêtes sociales de l'après-guerre, "y compris les classes moyennes, à la différence du reste du royaume", rappelle Keith Dixon. Peut-être en partie parce qu'ils sont nombreux à être employés par les services publics (un peu plus d'un Ecossais sur 10). Les Anglais ont fait le choix du libéralisme économique, un choix assumé par le parti conservateur, l'Ukip mais également le "New Labour" de Tony Blair. La montée en puissance du SNP tient donc sans doute autant du rejet de ce libéralisme que de l'attrait pour l'indépendance. A son arrivée au pouvoir, le SNP a renoncé à la privatisation des prisons prévue par l'ancien gouvernement travailliste, rappelle Keith Dixon. L'Écosse, qui a des prérogatives en matière de santé a aussi choisi de mieux protéger l'accès au système de santé public. Autre fierté, les universités sont gratuites alors qu'un étudiant à Londres plus de 11 000 € de frais de scolarité par an.

6. La politique étrangère : plus europhiles et moins atlantistes

"Voulons-nous être une petite nation pro-européenne qui défend la paix et la justice ou un grand pays qui fait une guerre tous les deux ou trois ans et menace de sortir de l'UE ?", plaide Toni Giugliano, l'une des étoiles montantes du SNP interrogé par Libération. "Les enquêtes d'opinion montrent que les Ecossais sont moins favorables à l'interventionnisme -en Afghanistan par exemple, constate Peter Kellner, président de l'institut de sondage YouGov, mais il s'agit d'une différence de 5 à 10 points, pas un fossé." Les Ecossais sont plus europhiles que les autres Britanniques, ce qui ne les a pas amenés à se précipiter aux urnes lors des dernières européennes : seul un Ecossais sur trois s'est rendu dans un bureau de vote en mai dernier. L'éclatante victoire de l'Ukip à l'échelle nationale a quand même accentué l'écart de part et d'autre du mur d'Hadrien. Les voix europhobes sont majoritaires à l'échelle du pays si l'on additionne celles de l'Ukip (27,5%) et des Conservateurs (23,9%) chaque jour plus hostile à Bruxelles. Les Écossais sont plus eurocompatibles, avec 62,9% des voix -les 29% du SNP ajoutés aux 25,9% des travaillistes et aux 8% des Verts.

7. L'économie : pas moins riches que les Londoniens

Dans ce domaine, les différences avec le reste du pays sont moins tranchées. L'Écosse est, comme l'Angleterre, une place financière importante. Et "non, l'Écosse n'est pas le parent pauvre du royaume comme on a pu parfois le dire, corrige Keith Dixon. Elle est la troisième région la plus prospère du Royaume-uni" précise-t-il. Une richesse basée principalement sur le pétrole de la mer du Nord. Les Ecossais ne pourront pas compter longtemps sur les réserves pétrolières, en voie d'épuisement. Les revenus provenant des hydrocarbures ont déjà diminué ces dernières années. En termes de reconversion industrielle, la ceinture centrale entre Glasgow et Edimbourg ressemble plus au nord de l'Angleterre, qu'au sud du pays. Les deux régions ont été tout aussi durement frappées par la désindustrialisation à partir des années 1970. La richesse du pays fait l'objet de surenchères entre Londres et Edimbourg. Le SNP promet que chaque Ecossais gagnera 1000 livres (1230 euros) de plus par an dans un pays indépendant. Faux, répond Londres: en restant unis, le futur de l'Écosse sera plus sûr. Chaque habitant pourra compter sur un bonus de 1400 livres par an. Pour tenter de dissuader les Ecossais de divorcer, Londres a menacé de les empêcher de continuer à utiliser la livre sterling. Qu'ils restent ou non unis à leurs voisins du sud, la campagne pour le référendum aura distendu un peu plus les liens avec Londres: afin d'éviter l'éclatement du Royaume-uni, Londres a d'ores et déjà fait des concessions et la promesse d'accorder de nouveaux pouvoirs aux Ecossais, même si le "non" l'emportait.

 

GEOPOLITIQUE DE LA CULTURE :

Ecossais vs Anglais : le jeu des 7 différences

Source, journal ou site Internet : L’Express

Date : 8 juillet 2014

Auteur : Catherine Gouëset

 

Un vote pour sept différences, on Ecosse le chardon pour une rose ?

L'Écosse, nommée Scotland en anglais et scots et Alba en gaélique écossais, est une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Occupant le nord de la Grande-Bretagne, elle est également constituée par un ensemble de petits archipels parmi lesquels les Hébrides, les Orcades ou les Shetland. L’Écosse est également l'une des six2 nations celtiques.

Sa capitale, centre financier et administratif, est Édimbourg, mais la plus grande ville est Glasgow, qui est historiquement la ville la plus industrielle du pays. Les autres grandes villes sont Aberdeen et Dundee, suivies par Stirling, Perth et Inverness.

La religion qui y est la plus répandue est le christianisme3. Il existe une grande diversité de dénominations, mais l'Église la plus importante est l'Église d'Écosse, une Église réformée presbytérienne4, suivie par le catholicisme ; nombre d'Écossais sont par ailleurs athées. Deux langues régionales sont reconnues : le gaélique écossais et le scots5.

Politiquement, l'Écosse est marquée par un fort mouvement indépendantiste. Après les élections législatives de 2007, le Parti national écossais (SNP) a formé le premier gouvernement indépendantiste (mais minoritaire) de l'histoire de l'Écosse. Lors des élections du 5 mai 2011, le SNP obtient la majorité absolue des sièges (69 sur 1296) et, le 15 octobre 2012, le premier ministre David Cameron a signé un accord portant sur l'organisation en 2014 d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse7

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