Pour les pays émergents le FMI çà casse pas des BRICS !!

Publié le par AL de Bx

 

Tout d’abord, qu’est-ce que les BRICS ?

Il s’agit d’un groupe informel – c’est-à-dire sans traité ou accord international ainsi que sans aucun organisme, institution ou bureau permanent – de cinq Etats qualifiés d’ « émergents » : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud. Ces Etats totalisent ensemble 40 % de la population de la planète, plus de 30 % du PIB mondial et près de 60 % de la croissance mondiale. Engrangeant des taux de croissance souvent supérieurs (voire très supérieurs) à ceux que connaissent les pays occidentaux, ces Etats sont des puissances régionales en voie de devenir dans un avenir plus ou moins proche de grandes puissances mondiales.

Les 15 et 16 juillet derniers s’est déroulé au Brésil le sixième sommet des BRICS. Cette réunion des chefs d’Etat de puissances émergentes a vu la conclusion d’un accord préparé depuis 2012 consacrant la mise en place d’une « nouvelle Banque de développement » (NBD). Cette NBD est destinée à devenir une réserve de change de 100 milliards de dollars alternative au Fonds monétaire international1 et à la Banque mondiale2. La Chine, qui abritera le siège de la NBD à Shangaï, s’est engagée à fournir 41 milliards de dollars sur les 100 tandis que Brésil, Russie et Inde participeront à hauteur de 18 milliards chacun et que l’Afrique du sud versera 5 milliards. La nouvelle institution accordera des prêts aux Etats-membres, leur permettant ainsi de stabiliser leurs réserves de change et leur monnaie.

Si la NBD est, dans un premier temps, un projet porté exclusivement par les BRICS, la participation en sera dans le futur ouverte à d’autres Etats à la condition que la part totale du fonds engagée par les BRICS ne descende pas en-dessous de 55 %.

L’objectif affiché est clair : il s’agit de réduire l’influence financière des Etats-Unis et de l’Union européenne sur les processus dans le monde et de se libérer du (dés)ordre mondial américano-centré. Selon Vladimir Poutine, le lancement de cette nouvelle Banque de développement vise ainsi « à renforcer l’architecture financière internationale pour la rendre équilibrée et juste » et permettra aux BRICS de réduire leur dépendance envers la politique financière des puissances occidentales. Le secrétaire-adjoint du Conseil de sécurité russe, Fedor Lioukanov, a, pour sa part, évoqué « une digne réponse à la Banque européenne d’investissement qui a suspendu ses projets conjoints avec la Russie ».

Baudouin Lefranc

1 Le FMI créditeles gouvernements en cas d’incapacité à couvrir leur déficit courant.

 

2 La Banque mondiale octroie des crédits préférentiels pour des projets à long terme.

Pour les pays émergents le FMI çà casse pas des BRICS !!

Ce n'est pas encore l'influence du G20 ou du G8. Mais, petit à petit, le sommet des Brics creuse son sillon sur la scène internationale.

Plus qu'un projet réellement abouti, il s'agit pour les Brics de manifester leur agacement à l'égard de la gouvernance du FMI - «qui doit mieux refléter la voix et le poids de ses membres les plus pauvres». Mais aussi vis-à-vis de la Banque mondiale. Car les Brics ont beau n'avoir toujours pas réussi à présenter un candidat commun au poste de président de l'institution, qui sera renouvelé en juin, ils ont appelé avec une fermeté accrue à ce que la présidence de cette banque soit accordée dans le cadre d'une procédure «ouverte» à tous les pays «et basée sur le mérite». Sous-entendu, que le poste ne soit plus réservé seulement aux Américains.

La politique de change en question

Les pays des Brics, qui représentent 43% de la population mondiale et assurent actuellement l'essentiel de la croissance du monde hésitent de moins en moins à donner des leçons aux pays développés. La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a une nouvelle fois appelé à des politiques de change moins déséquilibrées, une allusion au dollar que les brésiliens jugent notoirement sous-évalués par rapport au réal. Quant aux Européens, ils doivent eux aussi apporter leur pierre à l'édifice: «l'accroissement de la dette souveraine et les ajustements budgétaires à moyen terme qu'ils impliquent dans la zone euro créent une incertitude sur la croissance globale», lit-on dans le communiqué final. Mais surtout, «la liquidité excessive due aux actions très agressives des banques centrales pour stabiliser leur économie domestique se répand sur les marchés émergents, générant une volatilité excessive des capitaux et sur les marchés de matière première». Un pavé dans la mare de la BCE et de la banque d'Angleterre, au moment où la Fed américaine réfléchit elle aussi à lancer une nouvelle séquence de «quantitative easing», équivalente à faire marcher la machine à billets.

Loin de se remettre eux-mêmes en cause, les Brics en appellent au G20 pour s'assurer de la mise en œuvre d'une coordination macroéconomique globale permettant d'assurer la reprise mondiale.

Enfin, les Brics ont fait une timide mais importante avancée en matière de changes. Les cinq banques de développement publiques de ces pays ont signé entre elles «un accord de crédit multilatéral», nom barbare pour désigner un dispositif permettant de faciliter la mise à disposition de devises locales entre ces banques, ce qui rendra plus aisé le commerce entre ces pays en monnaies sans avoir forcément recours aux grandes monnaies internationales convertibles. Un coup de canif encore symbolique dans l'hégémonie du dollar.

La banque des Brics serait notamment appelée à financer des projets d'infrastructures dans les pays en développement. Elle serait aussi un excellent moyen de contourner l'euro et le dollar… au profit de la monnaie chinoise. Ce qui n'est pas pour plaire à tous les membres du groupe. Le Brésil, notamment, se plaint de la sous-évaluation du yuan. «Ce projet de banque montre que les pays émergents tentent de se retirer de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui sont dominés par les Occidentaux», affirme pour sa part John Mashaka, analyste à Wells Fargo Capital Markets.

Pour les pays émergents le FMI çà casse pas des BRICS !!

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