Libéralisme et syndicalisme

Publié le par AL de Bx

Les Français sont persuadés que leur situation sociale, très confortable à bien des égards, est due à des combats syndicaux incessants, à une lutte des classes sans merci, pour arracher au patronat et à la bourgeoisie des avancées sociales, des « droits sociaux », devenus aujourd’hui des « droits acquis ».

l faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi (…) Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

Frédéric Bastiat: La Loi

Libéralisme et syndicalisme

Il est nécessaire de préciser que ce sont les libéraux qui sont à l’origine des progrès sociaux dans notre pays. Passons brièvement en revue deux cent ans d’apports du libéralisme au social : rémunération par un salaire, protection sociale, caisses d’épargne, droit de grève, liberté du travail, liberté d’association, droit de coalition, interdiction du travail des enfants[ Pour le plaisir j’insisterais sur le fait que la première loi limitant le travail des enfants du 21 mars 1841 fut aussi l’œuvre d’une chambre libérale ], lois sur la durée du travail, loi et assurance sur les accidents de travail, instruction des ouvriers, etc.

Pour nous recentrer sur les syndicats, ce sont bien les libéraux qui sont à l’origine du droit de coalition. Ils s’en prirent très tôt à la loi Le Chapelier. Ainsi le 17 novembre 1849 Frédéric Bastiat intervint à l’assemblée dans son Discours sur la répression des coalitions industrielles. Quinze ans plus tard Emile Ollivier fut le  rapporteur de la loi du 25 mars 1864 qui abolit le délit de coalition. En 1867 la loi reconnut la liberté des réunions publiques à condition qu’on n’y traitât ni politique ni religion mais économie et social. Dès 1876 Edouard Lockroy déposait une première proposition de loi concernant la liberté syndicale

visant à reconnaître aux syndicats professionnels le droit de se constituer librement et d’obtenir la personnalité civile sans autre formalité que le dépôt de leurs statuts auprès d’une administration publique

Edouard Lockroy (Claude Harmel dans Aux sources du modèle libéral français, Perrin.)

Il fallut huit ans pour que cette proposition devienne la loi du 21 mars 1884 grâce à un autre libéral, Waldeck-Rousseau, alors ministre de l’intérieur. En ce qui concerne les conventions collectives on les retrouve dans la proposition de Lockroy de 1876. Cela ne fut pas repris dans la loi de 1884 mais fit l’objet d’un important projet de loi en 1906 par Gaston Doumergue, libéral lui aussi. Ce n’est toutefois que le 25 mars 1919 que les conventions collectives reçurent une définition légale.[ Pour plus de détails se reporter à l’ouvrage collectif Aux sources du modèle libéral français, sous la direction d’Alain Madelin, éditions Perrin.]

Toutes ces avancées sociales furent conquises de haute lutte contre les conservateurs et… les socialistes qui se sont régulièrement opposés à tout progrès social ! Très tôt en France les syndicats et la CGT en particulier s’opposèrent eux aussi aux libéraux. Pour la même raison que les socialistes : parce que l’amélioration de la condition ouvrière retarde ou rend inutile la révolution, qui seule compte pour eux ! Comme la Loi le syndicalisme a été perverti. Les syndicats français sont révolutionnaires, politisés, adeptes de la lutte des classes et des conflits avec les patrons honnis. Les syndicats français ne sont pas représentatifs et vivent des subsides de l’État. Paradoxalement le pouvoir de nuisance de ces syndicats est considérable.

La plupart des pays occidentaux n’ont pas souffert et ne souffrent pas, de la lutte des classes. Les syndicats d’un grand nombre de pays européens sont réformateurs, travaillent en harmonie avec les autres partenaires sociaux. La conséquence ne se fait pas attendre : la situation sociale n’a rien à envier à celle que l’on trouve en France et y est même souvent meilleure. Ce sont des sociétés plus apaisées que la nôtre où les problèmes se règlent très en amont par la négociation, la discussion, pour le plus grand profit de tous les citoyens. D’où l’intérêt pour la France de retrouver des syndicats tels que les concevaient les libéraux qui furent à l’origine de leur naissance : 

non des machines à faire grève mais des machines à faire des contrats

Claude Harmel dans Aux sources du modèle libéral français, Perrin.

Par Patrick de Casanove (photo), médecin, Président du Cercle Frédéric Bastiat, auteur de Sécu comment faire mieux, éd. Tatamis (en savoir plus sur ce livre).

Libéralisme et syndicalisme

Source Kuing Yamang: En France et malgré le bruit qu'ils font, les syndicats ne représentent que 4% des salariés. Et tous ces riches parrains du syndicalisme ne sont pratiquement pas payés par des cotisations volontaires, mais essentiellement pas l'argent des contribuables. Quelques chiffres :

Syndicalisme

De Wikiberal
 

 

Le syndicalisme désigne l'action des syndicats, groupes sociaux visant à défendre des intérêts collectifs. Pour des raisons historiques, le terme de « syndicalisme » s'applique à l'action des syndicats de salariés, et par extension, à celle des organisations syndicales étudiantes, lycéennes et professionnelles. Le syndicalisme s'inscrit dans la lignée des groupements corporatifs, on peut le considérer comme une forme de corporatisme.

Naissance du syndicalisme

Le mouvement syndicaliste est né, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans un esprit fortement anti-démocratique. Le suffrage universel, opposé à la notion de « classe », fut perçu à l’origine comme un processus bourgeois socialement mutilant par sa dimension individualiste. Aujourd’hui encore, les grandes confédérations syndicales acceptent difficilement le processus de substitution de processus démocratiques (élections des élus, referendums) au principe organique de représentation. L’unité sociologique (classe sociale, masse homogène) continue à primer, dans leur esprit, sur la diversité démocratique et libérale (le suffrage universel et le libre choix du marché).

Napoléon III octroie le droit de grève aux travailleurs comme soupape de sécurité (24 mai 1864 : loi Ollivier supprimant le délit de coalition et reconnaissant le droit de grève). La légalisation des associations ouvrières semble permettre une canalisation plus contrôlable et plus constructive des revendications et des protestations. La sphère du social, espace de structuration artificielle et collective des rapports sociaux, est née. Bien que vide de sens, elle continuera à rassurer le pouvoir politique au cours du siècle suivant.

Pourtant, la crainte de conflits violents persiste malgré l’instauration de représentations démocratiques à coté de ce espace social structuré. A l’opposé de l’approche communautaire du syndicalisme européen qui connaît un grand succès, le syndicalisme français n’abandonne pas son engagement révolutionnaire et reste ultra minoritaire. Adhérer à un syndicat français signifie incorporer pour militer.

La Charte d’Amiens, en 1905, fixe clairement cette orientation activiste : « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ». Plus loin : « Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. […] Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme ; il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale. »

Le ton est donné. Il ne changera plus.

Le syndicalisme est légitime, pour autant qu'il respecte les principes du droit, que les syndicats ne prétendent pas représenter plus que leur base d'adhérents, et ne se voient pas accorder par l'État des privilèges (qui sont exorbitants en France : monopole de la représentativité, intrusion illégitime dans la vie des entreprises, entraves à la liberté de travail, gestion de la sécurité sociale, financement occulte et gestion de type mafieux[1], etc., alors même qu'il y a moins de 10 % de salariés syndiqués dans le pays). Ces abus de droit sont d'ailleurs aussi bien le fait des syndicats de salariés que du syndicat patronal.

Dans d'autres pays, comme aux États-Unis, des millions de salariés ne peuvent être embauchés que s'ils adhèrent à un syndicat (closed shop) ; la puissance des syndicats y est telle que les chefs d'entreprises eux-mêmes se voient imposer certaines décisions et doivent obliger leurs salariés à se syndiquer, même s'ils ne le souhaitent pas.

Quant à la prétention des syndicats de salariés à être capable de faire progresser les salaires, elle est fortement mise en doute par les économistes[2]. Il existe en effet une loi assez stricte qui aligne le niveau des rémunérations (financières ou en nature) sur celui des productivités. Des syndicats peuvent obtenir temporairement et pour quelques activités des conditions plus avantageuses que celles qu'autoriserait la productivité ; mais ce succès n'est qu'un transfert, au détriment d'autres salariés ou des consommateurs, et ne saurait durablement remettre en cause le niveau des rémunérations.

 

La CGT et la CFDT empêchent la participation d’un nouveau syndicat aux élections

par Eric Martin dans Economie/entreprises

À la fin du mois de septembre, Thierry Jallas déposait le dossier de candidature du syndicat indépendant « Libres informatique inter-régional » (LibRes) à la direction générale du Travail auprès du ministère du Travail. Celle-ci le validait dans la foulée. L’objectif de l’activiste libéral ? « Participer au scrutin en vue de la mesure de l’audience des organisations syndicales concernant les entreprises de moins de 11 salariés, prévu aux articles L.2122-10-1 et suivants du code du travail ». Pour cela, toutes les formalités avaient été respectées à la lettre grâce aux conseils d’avocats spécialisés en droit du travail comme Maître Jean-Philippe Feldman. C’était sans compter la CGT et la CFDT qui ont saisi le tribunal d’instance et dénoncé le caractère politique de LibRes (ainsi que son impécuniosité, gavés de subventions publiques qu’ils sont), révèle l’Institut de recherches économiques et fiscales.

Selon les deux organisations, « il importe de considérer que la lecture de sa profession de foi démontre la poursuite d’un objet politique qui au demeurant éclaire de manière significative la réalité du but poursuivit par ce syndicat. Ainsi y est-il affirmé que ‘le seul moyen de revenir au plein emploi, c’est de libérer le marché du travail, de 2 façons : 1) En rendant l’employeur et le salarié libres de déroger aux dispositions légales (code du travail) ou conventionnelles (conventions collectives), à la condition, bien entendu, que tous deux en soient d’accord. 2) En laissant chaque salarié utiliser librement le fruit de son travail (son salaire complet = salaire brut + cotisations sociales payées par l’employeur). Actuellement, le salaire complet du salarié est environ le double du salaire net qu’il perçoit, à cause des prélèvements obligatoires (cotisations sociales pour financer surtout le monopole de la Sécu, puis impôts et taxes de toutes sortes).’ »

Pour la CFDT, « cette profession de foi est particulièrement étonnante en ce qu’elle est l’expression d’une discrimination et la négation d’un principe de solidarité élémentaire. » D’après elle, la profession de LibRes est « politique » et « nuisible » car elle sous-entendrait que la lutte contre le chômage passe par la mise en concurrence des salariés et prône la libération du marché du travail. La CGT reproche aussi au syndicat libéral une « politisation ».

C’est plutôt gonflé, si on se souvient que la CGT a elle-même reconnu en 2001 sa subordination constante au Parti communiste de l’Union soviétique jusqu’en 1991, note Nicolas Lecaussin, directeur du développement de l’IREF. Tous ses secrétaires généraux ont été, jusqu’à l’arrivée à sa tête de Bernard Thibault, obligatoirement membres du bureau politique du Parti communiste français. Ce n’est que dans les années 2000 que cette règle traditionnelle a été rompue par le nouveau secrétaire général, lui-même modeste membre du PCF. Par ailleurs, la CGT est totalement sortie de son rôle de syndicat lors de l’élection présidentielle de 2012. En effet, après que son secrétaire général, au mois de janvier, ait déclaré que la CGT aspirait « à un changement de Président de la République », le syndicat a appelé, tant au premier qu’au second tour de l’élection présidentielle, à faire battre Nicolas Sarkozy.

De plus, les statuts et l’action quotidienne de la CGT violent des principes constitutionnels et des libertés fondamentales, à commencer par le droit de propriété. Les premiers ne précisent-ils pas que le syndicat « agit pour une société démocratique, libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination » et que « soumise à la logique du profit, la société actuelle est traversée par la lutte des classes et par de multiples contradictions », si bien que les salariés ont besoin de se rassembler pour participer « à la transformation de la société et du monde » ?

Le 29 octobre, le tribunal d’instance jugeait la requête de la CGT et de la CFDT recevable. Dans la foulée, il estimait l’objet de LibRes « illicite » et interdisait au syndicat à se présenter aux élections du 28 novembre au 12 décembre 2012. Contacté par Nouvelles de France, Thierry Jallas confie « hésiter à se pourvoir en cassation (il a dix jours pour se décider, ndlr) car cela demande des moyens que nous n’avons pas ». Affaire à suivre !

Les syndicats français sont une véritable mafia qui se met de l'argent plein les poches sur le dos des contribuables. Corruption, harcèlement, pressions, entente entre amis, trahison, tous les ingrédients mafieux sont au rendez-vous. Roger Lenglet et Jean-Luc Touly sont les auteurs du livre "Syndicats, corruption, dérives, trahisons"

Gérard ADAM

est professeur émérite au Conservatoire national des arts et méiers.

 

Syndicats de salariés : un avenir inconnu

Si la France se caractérise par la faiblesse de son taux de syndicalisation, de l'ordre de 8 %, les organisations syndicales sont aujourd'hui en ordre de bataille pour gagner en audience afin d'exister, mais aussi de jouer un rôle dans la négociation collective. Pour l'avenir, deux scénarios sont possibles : un pluralisme éclaté ou un nouveau paysage syndical.

La loi du 20 août 2008 « portant rénovation de la démocratie sociale » accélère actuellement la recomposition du paysage syndical engagée en fait depuis plusieurs décennies et que symbolisait la notion fourre-tout de « crise du syndicalisme ».

Le paradoxe de la nouvelle législation visant à renforcer la légitimité des syndicats est d'avoir fait de l'audience électorale le critère essentiel de la représentativité, alors que le problème majeur de ces syndicats tient à la faiblesse d'un taux de syndicalisation de l'ordre de 8 %, le plus bas de tous les pays de l'OCDE. Selon Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, la France compterait 1,8 million de syndiqués, bien moins que d'après les déclarations officielles des syndicats 1, parmi lesquels 13 % de retraités.

La primauté du critère électoral a été voulue par les pouvoirs publics ainsi que par la CGT et la CFDT. Par mimétisme politique, les premiers ont mis en avant le concept séduisant et ambigu de « démocratie sociale », assimilant le fonctionnement des relations du travail à celui d'une vie politique dominée par les échéances électorales. En dépit de toutes leurs déclarations, les confédérations, de leur côté, n'ont jamais placé l'adhérent-cotisant au centre de leur conception de la démocratie syndicale. La logique de l'adhésion, donc d'une primauté des salariés eux-mêmes, n'est pas dans la tradition d'organisations aux tendances centralisatrices, gardiennes d'une orthodoxie idéologique. Fait significatif : si la section syndicale n'a été reconnue qu'en 1968, c'est notamment en raison de la méfiance des état-majors syndicaux vis-à-vis d'une organisation décentralisée reposant sur l'entreprise, suspecte d'intégrer les représentants du personnel à la logique capitaliste.

Affaiblissement et reconnaissance

Sans doute de multiples facteurs économiques et culturels (désindustrialisation, sous-traitance, transformation du salariat, évolution du management, importance des PME) ont-ils joué un rôle dans la perte de deux tiers des adhérents en une trentaine d'années. Mais force est de constater que cet affaiblissement est intervenu alors que le syndicalisme est de plus en plus reconnu et bénéficie d'aides croissantes de l'État, des collectivités publiques et des entreprises elles-mêmes. Peut-être est-ce d'ailleurs l'importance de celles-ci qui n'incite pas les états-majors à faire de l'adhésion leur objectif premier. À leur décharge, toutefois, une spécificité française doit être soulignée. Contrairement aux pays à fort taux de syndicalisation, comme la Belgique ou les pays scandinaves, où les syndicats bénéficient de certains avantages contractuels comme l'accès à l'assurance-chômage, en France le principe à valeur constitutionnelle d'égalité interdit cette pratique. Pourquoi se syndiquer dès lors que l'action syndicale profite à tous les salariés sans exception ? Faut-il ajouter que le cas des dockers ou des ouvriers du Livre, chez qui l'accès à l'emploi passe par l'adhésion à la CGT, n'incite pas à aller dans le sens de ce type de syndicalisme de services ?

L'assise électorale des syndicats ne compense que partiellement cette faiblesse de la syndicalisation. Dans les élections aux comités d'entreprise, en effet, la part des élus non syndiqués dépasse régulièrement 20 % (22,6 % en 2005-2006, selon les derniers résultats publiés par le ministère du Travail), avec un pourcentage de plus de 50 % dans les établissements de moins de 100 salariés. De plus, selon une étude de la Dares 2, près du quart des établissements d'au moins 20 salariés (23 %) ne disposent d'aucune représentation du personnel. La question du dialogue social dans les très petites entreprises (TPE), qui regroupent 4 à 5 millions de salariés, demeure actuellement entière. La loi du 15 octobre 2010 ne constitue qu'un mauvais palliatif à cette situation, puisqu'elle prévoit simplement dans ce secteur un vote en faveur du sigle d'une organisation. Enfin, les élections prud'homales constituent un test significatif du désintérêt croissant des salariés puisque le taux d'abstention est passé de 54 % en 1987 à 74,5 % en décembre 2008. On a atteint là les limites d'une « démocratie sociale » fondée sur l'élection.

Des stratégies mouvantes

À l'automne 2011, les syndicats ont devant eux deux échéances. La première est politique, avec l'élection présidentielle de 2012. L'alternance serait évidemment de nature à modifier profondément les règles du jeu social. La seconde, en 2013-2014, résulte de la loi de 2008, qui a prévu d'arrêter la liste des organisations représentatives à partir d'une recension complète des élections professionnelles.

Les contentieux qui se sont accumulés avec les pouvoirs publics risquent d'inciter les confédérations à sortir de la neutralité politique l'an prochain. En effet, leurs relations avec le président de la République et son gouvernement se sont progressivement dégradées. D'abord, lors de la transcription législative de la position commune sur la représentativité, l'ajout de dispositions sur les 35 heures a vivement irrité les syndicats, la CFDT en particulier. Même en désaccord entre elles sur la réforme des retraites, les confédérations, un temps réunies en intersyndicale, ont fait cause commune contre le texte gouvernemental, puis laissé entendre qu'elles ne considéraient pas le dossier clos. La décision annoncée en juillet 2010 d'allonger la durée de cotisation (41,5 ans pour les générations nées à partir de 1955) a d'ailleurs ravivé leur hostilité. Si l'on ajoute la tutelle de plus en plus pesante de l'État sur le paritarisme ou encore les critiques émises à propos de la « prime contre dividende » et du plan antidéficit du 24 août 2011, les raisons ne manquent pas pour les états-majors d'inciter les salariés à jouer la carte électorale pour prendre leur revanche sur les combats revendicatifs perdus depuis plusieurs années.

Trois logiques changeantes

Dix pour cent des voix dans les entreprises et 8 % sur le plan national pour la reconnaissance de la représentativité, 30 % pour la validation des accords et 50 % pour exercer un droit d'opposition : ces quatre pourcentages constituent le tableau de bord commun à toutes les stratégies syndicales, qui ont actuellement pour objectif prioritaire de gagner les batailles de l'audience syndicale, pour exister d'abord, pour jouer un rôle déterminant dans la négociation collective ensuite.

Dans cette perspective, trois logiques changeantes ne cessent de s'entremêler au gré des circonstances :

  • Le duopole CGT CFDT. Lors de la réforme de la représentativité, CGT et CFDT ont fait cause commune, avec pour objectif d'ancrer le paysage syndical autour de deux pôles - l'un « contractualiste », l'autre contestataire - imposant leur loi à toutes les autres organisations.
    Cette démarche de conquête électorale ignore évidemment les divergences de fond entre les deux confédérations dont l'une, par exemple, a été signataire de tous les accords nationaux interprofessionnels conclus depuis 2007, tandis que l'autre n'en signe presque jamais.
  • L'action unitaire. La création d'une intersyndicale regroupant les huit confédérations françaises a constitué un moment fort et unique, mais de courte durée, de l'action syndicale lors de la réforme des retraites.
    Tous hostiles au projet gouvernemental, les dirigeants syndicaux ont compris que l'opinion publique attendait d'eux une riposte unitaire en dépit de leurs divergences patentes sur le contenu de la réforme ainsi que sur les actions à mener. La CGT s'est alors trouvée dans une position stratégique intermédiaire difficile à gérer entre les partisans de grèves dures (FO, FSU, Solidaires) et ceux, au contraire, enclins à à la prudence dans les appels à la mobilisation (CFDT,CFE-CGC,CFTC,Unsa). L'issue ne pouvait être que l'éclatement de l'intersyndicale.
  • La lutte de tous contre tous. Au gré des circonstances et des rapports de force, extrêmement différents suivant les entreprises, chaque organisation joue souvent sa propre carte, au prix d'alliances circonstancielles, sans souci de cohérence d'ensemble, avec pour objectif prioritaire de continuer à exister. Ainsi par exemple à la SNCF, la CFDT, menacée de disparition, a rejoint les agents de conduite autonomes. La CFE-CGC a esquissé un rapprochement avec l'Unsa, dans l'espoir que leur union permettrait de dépasser le seuil des 10 % dans les élections professionnelles du secteur privé. Mais la démarche a tourné court.
    Lors de la négociation sur les retraites complémentaires, la CGC a au contraire fait cavalier seul pour s'opposer à un accord mettant en cause, à terme, l'existence même d'un régime complémentaire de retraite pour les cadres...

L'objectif prioritaire de représentativité

Face a une conjoncture incertaine, voire imprévisible (quel sera ce résultat des échéances politiques de 2012 ? Quels seront les rapports de force électoraux entre les syndicats à l'issue de la récapitulation des élections professionnelles en 2013 ?), les dirigeants syndicaux se montrent attentistes, scrutant un climat social dont ils ne sont pas maîtres. L'importance accordée à l'audience électorale pour la reconnaissance de leur représentativité les conduit surtout à privilégier l'état d'esprit d'une base militante de moins en moins disposée à s'aligner sur des consignes venues d'en haut.

  • Bernard Thibault, qui ne se représentera pas lors du prochain congrès à Toulouse, en 2013, s'efforce depuis sa première élection en 1999 de « moderniser » la CGT. Son action, dont les résultats sont mitigés, a été dirigée dans deux directions complémentaires : l'une doctrinale, l'autre organisationnelle. Avec le thème du « syndicalisme rassemblé », donc de compromis avec les autres confédérations, le secrétaire général a voulu rompre avec une culture exclusivement contestataire, encore marquée par l'idéologie d'un syndicalisme de lutte des classes et, pour certains, nostalgique des liens avec le Parti communiste. Ses opposants n'ont toutefois pas désarmé, jugeant insuffisant le bénéfice des actions communes, notamment à propos de la réforme des retraites. Une contestation d'une autre nature s'est parallèlement développée à propos de projets de réformes statutaires visant à renforcer le rôle des instances confédérales (au détriment donc de l'autonomie des fédérations) et celui des syndicats à la base.
    Comment poursuivre le cap du « syndicalisme rassemblé » avec une CGT ayant durci son discours ? Comment rénover le fonctionnement interne sans crisper les appareils, surtout dans le secteur public ? Bref, comment trouver un nouveau souffle dans un horizon incertain ? Les débats, qui se sont déjà engagés cet automne pour définir le profil du futur secrétaire général, seront décisifs pour sortir la CGT des contradictions dans lesquelles elle se trouve actuellement.
  • À un moindre degré, la CFDT n'échappe pas, elle non plus, à des tensions internes. D'un côté, ses dirigeants ne cessent d'affirmer une ligne « contractualiste », mettant constamment en avant les résultats jugés positifs des négociations et délibérations avec le patronat. Mais, de l'autre, depuis l'assentiment donné à la réforme des retraites de 2003, qui a provoqué une hémorragie d'adhérents, ils doivent tenir compte d'une base qui accepte mal les compromis décidés d'en haut. Depuis son congrès de Tours, en juin 2010, la CFDT présente un visage pacifié et fait état d'une progression de ses adhérents. Elle se veut en pointe dans l'innovation sociale, tout en faisant preuve de réalisme dans les grands dossiers sociaux (retraite, assurance-chômage...). Elle ne peut cependant plus assumer seule son réformisme. Le principe d'accords majoritaires lui impose de composer avec FO, la CFTC, la CFE-CGC et l'Unsa, avec laquelle elle noue maintenant des rapports privilégiés.
  • Sans que ses anarchistes et trotskistes aient renoncé à s'exprimer, FO, sous la conduite de Jean-Claude Mailly, a progressivement rompu avec les postures contestataires de son prédécesseur, Marc Blondel. À pas comptés, la confédération s'est intégrée dans le jeu contractuel, jouant tantôt de l'intransigeance, comme sur l'âge de départ à la retraite, tantôt sur l'acceptation de compromis, comme sur les retraites complémentaires. Sans doute la rigueur doctrinale n'est-elle donc pas toujours au rendez-vous, mais les résultats de ce pragmatisme ne sont pas mauvais pour FO : la présidence de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) et de l'Arrco 3 lui sont maintenant acquises et elle se place au deuxième rang des syndicats de la fonction publique d'État pour la période 2008-2010 4.
  • La CFTC et la CFE-CGC sont déjà les grandes perdantes de la réforme de 2008. La première, qui a déjà perdu sa représentativité dans une partie du secteur public, risque de disparaître totalement du paysage, ne survivant que dans quelques îlot régionaux (Alsace-Lorraine) ou professionnels. La CFE-CGC peut, certes, encore subsister comme organisation catégorielle, mais elle ne figurera plus parmi les cinq grands pour les négociations concernant l'ensemble des salariés.
  • L'Unsa et Solidaires voient leur implantation se développer dans le secteur privé, mais elles demeurent encore bien en deçà du seuil requis pour une représentativité nationale interprofessionnelle à l'horizon 2013.

Un pluralisme éclaté, oscillant au gré des dossiers sociaux et de la diversité des situations dans les entreprises, ou un nouveau paysage syndical stabilisé avec des organisations aux principes d'action cohérents : entre ces deux scénarios, rien n'est joué. Les syndicats avancent, en fait, vers un avenir encore inconnu.

  1. Toujours moins. Déclin du syndicalisme à la française, 2009, Gallimard.
  2. Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail. Étude parue dans le n° 142 de Premières informations synthèses, avril 2007.
  3. L'Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés.
  4. FSU : 20,6 %, FO : 15,4 %, CGT : 15,2 %, Unsa : 14,6 %, CFDT : 11,3 %, Solidaires : 9,6 %, CFE-CGC : 4,6 %, CFTC : 2,2 %, divers : 6,5 %.

Cécile Duflot cherche des immeubles vides pour y loger les familles dans le besoin ? Nous les avons trouvés, il s'agit des châteaux des syndicats et des comités d'entreprise qui ont tous été achetés avec de l'argent public. Détails des châteaux qui vont accueillir les familles dans le besoin: http://www.dreuz.info/2012/12/cecile-...

Libéralisme et syndicalisme

Contrairement aux pays civilisés, en France les syndicats cherchent la confrontation avant de négocier. Les rapports sociaux dans cette société de défiance, c'est Vercingétorix revu par Marx, Lénine, Staline et Trotsky.

En France, il existe deux sortes de syndicats : ceux qui négocient et ceux qui s'opposent. Alors que dialogue social est constructif, l'opposition systématiques lors des négociations mènent dans l'impasse comme nous le démontrent tous les jours la CGT et FO.

Publié dans Social

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Richard Armenante 09/06/2014 18:05

Tant que l'on ouvre pas une huître , l'on croit que c'est un caillou.