Les restes de 800 enfants localises dans une fosse commune en Irlande

Publié le par AL de Bx

Nouvel exemple de l'opprobre qui pesait jadis sur les filles-mères, une historienne affirme que 800 petits nés hors mariage, pensionnaires d'un établissement géré par des religieuses, ont succombé à la maladie et à la malnutrition entre 1925 et 1961. Jusqu'à il y a quelques décennies, accoucher d'un enfant hors mariage était en Irlande une des pires choses que pouvait commettre une jeune femme. L'opprobre visant les filles-mères de l'île est connu du grand public depuis la fin des années 90, avec la découverte du scandale des couvents- blanchisseries de la Madeleine où le confinement, le travail pénible, les humiliations et les brimades étaient de mise pour ces femmes. Le sort de leurs enfants n'était pas plus enviable, suggèrent les travaux d'une historienne locale qui a confirmé, la semaine dernière, l'existence d'une fosse commune contenant les cadavres de 800 enfants en bas âge à Tuam, dans la région de Galway. Le charnier était connu des habitants locaux mais personne n'avait, jusqu'aux travaux de Catherine Corless, vérifié l'identité des victimes et leur nombre. Les bambins étaient des pensionnaires de l'orphelinat de Tuam accueillant des filles-mères et leurs bébés nés hors-mariage. L'institution, qui a fonctionné de 1925 à 1961, était gérée par les sœurs catholiques du Bon secours. Les conditions de vie y étaient difficiles, ce que n'ignoraient pas les autorités et les habitants. Un rapport de 1944 décrit un hospice surpeuplé abritant 333 résidents, dont 271 enfants et 61 mères célibataires alors que la capacité du bâtiment était de 243 personnes. Le document mentionne des enfants «fragiles, émaciés et bedonnants (signe de malnutrition, ndlr)». La mortalité était fréquente dans ces «Mother and Baby Homes». Dans l'Irlande des années 30, un quart des enfants illégitimes mourraient en bas âge.

Indifférence générale et loi du silence

Tuam n'est pas une exception. On y meurt de convulsions, de tuberculose, de malnutrition, de pneumonie, de gastroentérite ou de la rougeole. C'est à partir de recherches dans les registres d'état civil que Catherine Corless estime le nombre d'enfants ensevelis dans la fosse commune à au moins 796. Rien qu'entre 1943 et 1946, 300 petits pensionnaires de Tuam succombent, recense un compte-rendu de l'époque. Etant nés hors mariage, les enfants n'étaient pas baptisés et ne pouvaient être enterrés dans un cimetière, d'où la transformation d'une fosse septique voisine en charnier. Le quotidien des survivants restait sombre. «Les Home babies» vivaient à la marge de la communauté. Brièvement scolarisés avant d'être placés vers 7 ou 8 ans, ils étaient à peine mieux traités que les enfants des gitans, rappelle Catherine Corless. À l'école, ils étaient relégués au fond de la classe, malmenés par leurs camarades. Catherine Corless espère que la campagne menée pour érigerune plaque commémorative avec le nom des enfants récoltera assez d'argent. Mais elle se dit heurtée par l'indifférence et l'oubli des contemporains de l'orphelinat. Preuve, selon elle, de la loi du silence et du rôle et de l'influence de l'Eglise catholique irlandaise qui a pesé sur ce sujet longtemps resté tabou. Suite à la médiatisation des travaux de Catherine Corless, les autorités ont promis de mener une enquête. Le clergé de Galway a lui souligné n'avoir jamais eu connaissance du charnier. On estime que plus de 50.000 enfants sont nés en Irlande dans les «Homes» entre 1930 et 1990. Comme le montre le film Philomena avec Judi Dench sorti fin 2013, plusieurs milliers d'entre eux -2200 entre 1945 et 1965- ont été adoptés, parfois aux Etats-Unis, sans l'accord de leurs mères biologiques qui travaillaient sans salaire pendant deux ou trois ans pour se repentir de «leurs pêchés». Des événements qui formaient la trame du drame de Peter Mullan, The Magdalene Sisters.

Tuam-Galway

Tuam-Galway

Source, journal ou site Internet : le Figaro

Date : 4 juin 2014

Auteur : Constance Jamet

Publié dans International

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