Pourquoi ne pas parler plus souvent de valeur ajoutee ?

Publié le par AL de Bx

Si l’on suit régulièrement les actualités aéronautiques et notamment les résultats des industriels français de l’aéronautique et de l’espace réunis au sein du Gifas dont Marwan Lahoud est président au-delà d’être directeur général délégué à la stratégie et du marketing d'Airbus Group, on n’apprend pas grand-chose de son audition du lundi 26 mai à l’Assemblée nationale. Les chiffres qu’il a rappelé, il les avait déjà dévoilé lors de sa conférence annuelle le 28 avril dernier -notre chronique du 5 mai relate d’ailleurs fidèlement sous la plume de Gérard Jouany les données en question. Celle-ci a réalisé un chiffre d’affaires de 47,9 Md€ et avait au 31 décembre 2013 un carnet de commandes de 73,1 Md€ . Elle employait à la même date 177 000 personnes et probablement autant dans les entreprises liées à ce secteur tout en étant pas adhérente au Gifas. Au-delà de ces rappels livrés par Marwan Lahoud au groupe des députés Front de gauche qui est à l’initiative du débat à l’Assemblée nationale, ce qui est intéressant c’est que Marwan Lahoud était accompagné de deux spécialistes de l’aéronautique. D’une part le responsable filière aéronautique et spatiale de la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, Jean-Jacques Desvignes et, d’autre part de Frédéric Boccara, maître de conférence à l’université Paris XIII. Et les propos de ce dernier m’ont interpellés. Chiffre d’affaires, marge bénéficiaire, emploi, relocalisation, tout cela est mis en exergue lors des assemblées générales des entreprises, mais qu’en est-il de la valeur ajoutée ? C’est en effet le constat qu’a fait Frédéric Boccara qui déplore que cet aspect ne soit pas mis plus en évidence par les entreprises. Alors, j’ai eu franchement l’impression que Marwan Lahoud était un peu attaqué par cet universitaire qui malgré tout est extérieur au système. D’autant que le débat n’avait pas vocation de les faire s’affronter, mais d’informer et d’être questionnés par les initiateurs du débat. Il ne faut pas se voiler la face cette audition à la demande de ce groupe de députés avait pour objectif de mieux cerner les problématiques rencontrées par l’industrie aéronautique et spatiale française, qu’elle soit commerciale ou à vocation militaire, afin qu’ils soient mieux à même de voter ou non de futures résolutions (pour ne pas dire des aides) à la profession. Donc c’est en quelque sorte en douceur que les exposés des trois audités ont été livrés. Mais voilà, pourquoi ne pas parler de valeur ajoutée sur notre territoire ? La valeur économique ajoutée, la VEA ou AEV comme disent les anglo-saxons. N’est-ce pas, comme l’a fait remarqué en d’autres termes Frédéric Boccara, le maillon faible de la stratégie des grands maîtres d’œuvre aéronautiques ? Sinon pourquoi occulter cette donnée ? Certes comme l’a rappelé Marwan Lahoud, 80 % de la production aéronautique française est exportée, ce qui

contribue positivement à notre balance commerciale, mais combien de la valeur ajoutée est vraiment générée en France, questionne Frédéric Boccara ? Marwan Lahoud a ébauché un semblant d’explication lorsqu’il a mis en exergue le fait que la production du groupe Airbus, tout comme pour la plupart des autres groupes franco-français ou franco-européen, se fait en euros alors que les ventes se font en dollars (tout particulièrement lorsqu’il s’agit des avions commerciaux, et c’est aussi le cas des hélicoptères). Alors, a-t-il rappelé, lorsque l’euro prend 10 centimes en valeur par rapport au dollar, ce sont 2 % de la marge sur le chiffre d’affaires qui s’envolent. Nos députés auront-ils compris que ce point explique la raison pour laquelle les grands maîtres d’œuvre et équipementiers français lient des alliances dans d’autres zones d’influences afin de diminuer leurs coûts de production ? Car c’est bien là que réside le problème. Alors si notre universitaire met en évidence que l’INSEE affiche selon ses études un recul de la valeur ajoutée de 2 % en un an, à qui la faute ? De plus, pourquoi aller produire ailleurs qu’en France ou en Europe ? Tout simplement parce qu’il faut conquérir des clients, passer aussi par les fourches caudines des instances gouvernementales des pays clients qui veulent du « donnant-donnant ». Alors oui la valeur ajoutée a tendance à se faire ailleurs que sur notre territoire, mais les compensations, voire pré-compensations existent, elles sont probablement incontournables. Il suffirait d’accepter cette donne économique pour que les industriels fassent apparaître le facteur Valeur ajoutée à leur bilan économique.

Pourquoi ne pas parler plus souvent de valeur ajoutee ?

Source, journal ou site Internet : Chroniques aéromorning

Date : 30 mai 2014

Publié dans Travail et Economie

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